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me plaindrai pas quoique vous me fassiez jeter les eaux sales, — Quoique je doive balayer les cendres. — Nous avons la jarre à emporter, — Les nattes propres sont dans la cour. — Mets-toi sur mon dos, ma petite Kala, — car il ne nous aime plus. — Vous et votre femme, vous coucherez sur le lit, — Mon enfant et moi, nous coucherons par terre. — Vous et votre femme, vous tirerez le riz de la marmite et le mettrez dans les plats, — Kala viendra manger chez vous. L’enfant qui a encore sa mère — Ressemble au riz blanc apporté dans la maison : — Il se met à la place d’honneur — Et s’assoit près du lit. — L’enfant qui n’a pas sa mère — Ressemble aux pailles à brûler apportées dans la maison : — On les met dans le coin, — On les jette dans l’âtre. — Si on tire le riz de la marmite, — L’enfant qui a sa mère reçoit trois grandes cuillerées ; — Mais l’enfant qui n’a pas sa mère — Reçoit une grande cuillerée y compris l’eau et lorsqu’il boit l’eau qui est dans son riz, — Il lui reste une seule cuillerée. — L’enfant qui a sa mère, — S’il est malade, ne fût-ce que d’un léger mal de tête, — Ne sort de la maison qu’après avoir pris un médicament ; — Au contraire, l’enfant qui n’a pas sa mère, — quoiqu’il vomisse fortement, — Est tenu de chercher du bois de chauffage, — et doit piler du riz. — La douleur n’a plus qu’à se taire ; — Les réponses vagues font désespérer.


De son côté, quelque blasé qu’il se montre sur la faiblesse de la femme que, enfant lui-même, il regarde comme un enfant encore plus volage et irresponsable, le mari malgache n’accepte pas toujours l’adultère avec l’insouciance habituelle. Non seulement celui qui est vindicatif, comme l’Antaimoro autrefois musulman, tue avec l’amant l’épouse complice, mais le Tanala, encor que résigné, souffre une longue tristesse aussi touchante à s’exprimer que celle de l’épouse répudiée :


Rakoto est grand et ses bras sont forts. Il part, l’angady en main, avant le lever du jour et ne rentre que la nuit tombée. — Rakoto aime la belle Razafy. — Que la tempête fasse gémir la forêt ou que les torrens débordés roulent des eaux boueuses, Rakoto creuse le sol pour y chercher de l’or. — Rakoto aime la belle Razafy. — Razafy porte le lamba betsileo et ses sobikas sont rondes comme ses seins. — Des bijoux de l’Est ornent son cou. — Sa case est grande et pleine d’amoureux. — Rakoto aime la belle Razafy. — Rakoto est las de déchirer le sol. Son bras s’est affaibli et ses jambes fléchissent. L’amour de Razafy le récompensera. — Rakoto aime la belle Razafy. — Razafy est étendue sur sa couche et Ranaivo l’entoure de ses bras. La pluie tombe, la nuit s’approche et Rakoto s’éloigne tristement. — Rakoto aime la belle Razafy.


L’Européen est porté à juger des sentimens malgaches par ce qu’il en voit se manifester négativement devant lui ; mais, à noire contact, le fond de la race, déjà si trouble par tant d’instabilité ethnique et politique, se trouble encore, et l’on ne discerne plus