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connu l’amertume des larmes. — Oh ! ne vous séparez jamais que par contrainte des êtres qui vous sont chers ! — Si vous venez à mourir loin d’eux, qui vous ensevelira ? — Quelle femme vous prêtera ses cheveux pour nouer — en guise de cordes — le lamba funèbre autour de vos reins ? — Et quelles sont les larmes étrangères, qui seront capables de faire fléchir la mort ? — Non, tout sera fini pour vous. — Le chemin rouge gardera les dernières traces de l’enfant disparu.


La plus grande fête malgache est la fête de l’Enfant : c’est la Circoncision, qui, importée par les émigrations sémitiques et adoptée par presque toutes les peuplades, est devenue dans leur génie symboliste la cérémonie où le garçon est solennellement « offert à l’esprit de vie qui règne en ce monde, et en retour on attend de cet esprit qu’il entre en lui pour le fortifier et lui donner la plénitude de la vie [1]. »


III. — L’AMITIE, L’AMOUR, LA BEAUTE, LA VIE DANS LE MENAGE

D’un naturel plutôt défiant, le Malgache, tout en comprenant la nécessité et la beauté de l’amitié, — « ceux qui n’aiment pas de leur vivant ressemblent aux morts et ceux qui sont morts sans avoir fait leurs volontés sont les plus malheureux, » — met d’instinct une certaine hésitation à s’y abandonner. Le Hova, lui, trop maladivement convaincu de la versatilité éternelle des choses et des êtres, redoute de parti pris dans l’amitié l’inconstance : « Ne faites pas de l’amitié, ainsi qu’on fait du savon qu’on aime, mais qu’on laisse partir au courant de l’eau ; faites au contraire pour l’amitié ce qu’on fait pour les jeunes crabes dont on absorbe jusqu’aux pattes. » D’une débilité de tempérament bien malaise qui lui fait fuir la passion et ne chérir que les sentimens d’où naît un langoureux plaisir, il craint l’énervement des caprices : « Ne faites pas de l’amitié un sentiment semblable à celui qu’on a pour une porte : on l’aime bien, mais on la pousse et repousse à tout instant. » Dans une aspiration ingénieuse à confondre son agrément avec son intérêt, il ne désire que la camaraderie durable qui, tranquille et sûre, est une force : « Faites que votre amitié ne ressemble pas aux pierres brisées

  1. Les Idées religieuses des Hovas par Mondain, ancien élève de l’École Normale supérieure, missionnaire. Le livre de M. Van Gennep : Tabou et totémisme à Madagascar, est une œuvre de valeur où un esprit méthodique et lucide tire d’une documentation abondante et pittoresque des généralisations très importantes.