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Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/388

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qui fait aimer la case tressée en feuilles, en joncs, en branches, en paille, présentant suivant les contrées forestières ou riveraines l’aspect de nids, de ruches, de paniers et de verveux.

Avec l’exiguïté, le caractère le plus commun aux cases malgaches est l’orientation du Nord au Sud dans le sens de la longueur. On se demande si c’est la direction de l’alizé qui la détermina ou si elle commémore le point de départ d’une ancienne émigration. Orientée de la sorte dans l’espace par une tradition séculaire, la case s’oriente aussi, pour ainsi dire, dans le temps suivant des lois sacrées : les quatre coins de la salle unique, plus longue que large, désignent les quatre phases mères de la lune, et chaque partie se trouve consacrée à l’un des douze mois. Tel, janvier est là, au coin des ancêtres, avec son horoscope de mois heureux portant un destin princier ; à l’angle Est, à l’endroit où est posé le lit, la tête au Nord, c’est février au destin rouge qui parle de foudre et d’incendie ; mai, magique et propice aux sorciers, est tapi à l’endroit où l’on attache le veau ; juin, au clair destin d’argent, repose sur le mortier à riz et le pilon ; septembre, avec son destin de force indomptable, est couché sur les nattes réservées à la Reine dans toute demeure malgache ; décembre, avec son destin léger et instable, couve la place qui attend les hôtes de moindre importance. Ainsi, tous les mois de la lune, avec leurs présages de prospérité ou de malheur, que leur a assignés l’expérience superstitieuse des ancêtres, entourent allégoriquement la vie de la case, la maintiennent dans une enceinte de mystère, font en quelque sorte de la paillotte familière le sanctuaire enfumé du temps et des saisons.

Cette maison construite sur une rigoureuse règle astronomique mesure les heures du jour. Il est de neuf heures à dix quand l’astre darde ses rayons sur le bord inférieur du toit ; c’est midi quand il est d’aplomb sur le faîtage ; on se sait entre midi et une heure quand il atteint le bas du seuil ; entre une heure et deux quand sa lumière sur le pas de la porte a un pied, deux pieds de longueur ; à trois heures et demie, elle touche le poteau Sud ; à cinq heures et demie, elle arrive à la muraille Est. Pour les peuples nomades accoutumés au plein air, le temps se marque par la progression du soleil dans le ciel et par les ombres des montagnes à la surface des vallées spacieuses. Pour un peuple casanier comme le Malgache, le temps se mesure géométriquement à l’étendue des rayons que la