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plus dans l’ensemble et sont restés les plus asiatiques, ont fini eux aussi par s’assimiler et s’unifier aux autres dont ils dominent un grand nombre depuis un siècle environ. Non seulement les principales coutumes, mais le fonds moral sont les mêmes de l’Est à l’Ouest. Et s’il n’y a donc pas encore de peuple malgache, il y a une âme malgache : la tendresse la plus caressante pour l’enfant et l’esprit de famille dans une entière liberté de mœurs, le respect des morts et le culte le plus pieux des tombeaux dans une indifférence religieuse absolue, une disposition languissante à la paresse avec un goût vif pour la musique et l’éloquence la caractérisent.


I. — LA DEMEURE

Toujours touchante par sa petitesse, sa nudité et sa position, la case malgache varie non seulement avec la stabilité mais avec la qualité de la fortune. Le Betsimisaraka des lagunes et le Sihanaka des lacs qui s’entretiennent de la pêche se tapissent dans des paillottes à peine plus grandes que des nasses ; le Mahafaly ou le Bara, riche propriétaire de bœufs, se terre dans une sorte de parc ; le Merina, riche propriétaire de riz, habite un logis bien fermé qui présente l’aspect d’un grenier, qu’il soit de bois ou d’argile. Il se manifeste aussi un rapport étroit entre le vêtement et la demeure des peuples sauvages : l’homme abrite sa famille de ce dont il couvre son corps. Comme l’Arabe du désert, enroulé dans sa gandoura de laine, dort sous une tente de laine, comme le Samoyède engoncé de fourrures gîte sous une tente de peaux, le Malgache, lui, vêtu d’étoffes d’écorces battues ou de fibres entrelacées, s’est bâti une maison avec ce que lui offraient de reste les arbres. Les éventails de latanier sur la côte occidentale, les palmes de ravenala et de rafia sur le littoral occidental, assujettis par des gaules, forment le toit ; les lamelles de bambou ou les tiges de roseaux, juxtaposées ou cousues avec des lianes, dressent les cloisons ; à l’intérieur, des nattes tapissent fraîchement les parois et le sol même de la case. La maison malgache primitive est donc sortie de la forêt. Seulement dans l’Emyrne dénudée, l’éloignement des sylves, l’horreur des incendies et la peur du froid ont fait bientôt triompher du bois la brique crue. L’habitat gagna en coloris, s’harmonisant aux tons pourpres du sol ; mais il perdit l’originalité des formes naturelles