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Le moine raconte ensuite (De tapsu et compunctione comitis) l’histoire d’un péché charnel commis par le comte ; puis, pour terminer son œuvre, la mort des deux époux ; Berte, morte la première, est enterrée à Pothières ; sept ans plus tard, Girard meurt à Avignon ; mais on le transporte à Pothières parce que des miracles ont révélé aux gens d’Avignon que cette translation était voulue de Girard et de Dieu. Réunis à Pothières, les corps saints des deux époux font des miracles : paralytiques guéris, énergumènes délivrés du démon, etc.

Il apparaît dès le premier regard que la chanson de geste et la Vita Girardi sont unies par un rapport très étroit ; mais quelle est, au juste la nature de cette parenté ? C’est ce que M. P. Meyer a très bien déterminé. Renvoyant à son livre pour le détail des preuves, je me Rome à ces quelques lignes qui résumeront sa discussion : la Vita et la chanson de geste remontent, indépendamment l’une de l’autre, à un même poème perdu ; d’où il suit que nous devons attribuer à ce poème primitif tous les traits que la Vita et la chanson de geste ont en commun ; les traits au contraire qui ne se trouvent que dans l’un des deux textes, c’est une analyse particulière qui doit nous apprendre en chaque cas s’ils appartenaient déjà au poème primitif ou s’ils ont été ajoutés soit par l’hagiographe, soit par le poète de la chanson renouvelée.

Cette analyse, dont l’objet est de nous représenter ce que pouvait être le poème primitif, M. P. Meyer l’a conduite avec sa rigueur ordinaire et avec prudence. Avec trop de prudence peut-être.

Voici en effet toute la conclusion qu’il se hasarde à tirer de sa belle étude [1] :

« On est conduit à se représenter de la façon suivante l’origine du Girard épique. La mémoire du comte Girard et de Berte, son épouse, fut conservée par les fondations pieuses auxquelles

  1. Girart de Roussillon, p. LIII.