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qui demandaient grâce, Girard les massacra ; c’est ainsi que, mille chevaliers ayant fui dans un moutier, Girard les y brûla, avec l’abbé, les prieurs et les moines, sous les yeux de Charles (§ 114). Ces sacrilèges, Dieu les châtia.

Le roi Charles finit par acculer son adversaire dans son château de Roussillon. Longtemps il en fit le siège, sans réussir à l’enlever. Pour la seconde fois, une trahison Je lui livra ; il y mit le feu et Girard, tandis que son château flambait, s’enfuit dans la nuit, les pieds nus, en vêtemens de laine, sans chausses, revêtu seulement de son haubert. Il fuit jusqu’à Dijon. Il y rejoint sa femme Berte qui, elle aussi, est parvenue, protégée par Boson, à s’échapper du château (§ 433).

Pourtant il réussit à rassembler quelques troupes encore, à battre le roi sous les murs de Roussillon et à l’y enfermer. Profitant de ce succès, il envoie un moine à son ennemi pour lui proposer un accord : il consent maintenant à se justifier en cour de justice du meurtre de Thierry d’Ascagne. Mais le roi chasse honteusement le moine (§ 469). Alors, Girard se risque, contre le conseil de son neveu Foulques, à livrer dans la plaine sous Roussillon une bataille rangée, la dernière. Cette fois, il est vaincu sans espoir de revanche. Son plus fidèle parent, Foulques, est fait prisonnier ; Boson, le meurtrier de Thierry, est tué (§ 495). Lui, il réussit à fuir jusqu’à Besançon, où Berte le rejoint. Ses derniers compagnons l’abandonnent, ou sont tués, les uns après les autres, par des partis de royaux. Traqué comme une bête sauvage, n’ayant plus avec lui que sa femme Berte, il se réfugie dans la forêt d’Ardenne (§ 509).

Berte et Girard errent d’ermitage en ermitage par la forêt, jusqu’au jour où ils arrivent chez un vieil ermite, qui les remettra dans la voie du salut.


Dans une clairière de la forêt d’Ardenne, vers midi, ils trouvèrent le saint homme qui souffre pour Dieu. Il ne portait point de vêtemens tissés, mais une peau de chèvre, avec des haillons de laine sur l’échine ; il était prosterné à terre, les genoux et les coudes nus, et suppliait Marie-Madeleine de lui inspirer des prières salutaires. Le saint vieillard, quand il eut achevé sa prière, se tourna vers Girard de Roussillon, et s’avança, appuyé sur un bâton. « D’où êtes-vous, ami ? De quel pays ? » Girard lui raconte sa destinée et lui demande conseil. L’ermite le reçoit pour la nuit, l’endoctrine, lui donne une pénitence, et, le lendemain, au lever du jour, lui dit : « Ami, avez-vous droite croyance ? — Seigneur, je mets mon espérance en Dieu. — Renoncez-vous envers tous à la vengeance ? — Oui, seigneur ; honnis