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son vassal. Girard proteste d’abord qu’une telle convention serait une honte pour lui ; peu à peu, sur les prières du pape et des barons, qui prévoient les horreurs de la guerre, il en accepte l’idée. Il veut seulement éprouver d’abord Elissent, cette princesse qui était, qui est encore sa fiancée. Il la prend à part devant deux témoins et lui dit : « Qui préférez-vous, damoiselle, moi ou ce roi ? — Si Dieu m’aide, cher seigneur, j’aime mieux toi. » Il répond : « Si vous m’aviez dit un mot orgueilleux ou déplacé, jamais ce roi ne vous tiendrait à ses côtés. Or prends-le, damoiselle, je te l’abandonne ; et je prendrai ta sœur pour l’amour de toi. »

L’accord est donc conclu. Il fut juré que jamais il ne serait reproché à Girard comme une honte. Girard est relevé de son hommage. Cependant le roi demande une concession légère : il ne prétend plus rien sur les fiefs de son rival ; il voudrait pourtant conserver le droit de chasser dans le bois et dans la plaine qui avoisinent le château de Roussi lion, près de Châtillon-sur-Seine. Girard y consent. Alors le pape mena vers Girard la princesse Berte, devant toute la baronie assemblée. « Elle se jeta aux pieds de Girard et lui baisa le soulier. Le comte la releva, la prit entre ses bras, et la colère qu’il avait au cœur s’éteignit. Il l’épousa et, par la suite, il eut d’elle bon service et douce consolation et devint si humble de cœur qu’il demeura fermé à orgueil et à malice. Plus il la connut et plus il l’aima. » Cependant le roi épousait Elissent ; les deux rivaux réconciliés rentrèrent en France avec leurs femmes.

Au jour où ils se séparèrent pour rentrer chacun dans son château, Girard prit à part la reine Elissent, sous un arbre. Avec lui, il mena deux comtes et Berte, sa femme : « Femme de roi, dit-il, que pensez-vous de l’échange que j’ai fait de vous ? Je sais bien que vous me tenez pour méprisable. — Non, seigneur, mais pour homme de valeur et de prix. Vous m’avez faite reine, et ma sœur, vous l’avez épousée pour l’amour de moi. Ecoutez-moi, vous, comtes Bertolai et Gervais, et vous, ma chère sœur, recevez-en la confidence, et vous, surtout, Jésus, mon rédempteur : je vous prends pour garans et témoins que par cet anneau je donne à jamais mon amour au duc Girard. Je lui donne de mon oscle la fleur, parce que je l’aime plus que mon père et plus que mon mari ; et, le voyant partir, je ne puis me défendre de pleurer. » « Dès ce moment, ajoute le poète, dura toujours