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Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/355

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guerres en Orient. Il se tourne vers les deux puissans seigneurs qui se partagent le territoire de la France, le roi et Girard de Roussillon ; s’ils délivrent la ville de saint Pierre, il leur donnera une belle récompense : ses deux îles, Berte et Elissent. Le roi et Girard acceptent, combattent les Sarrasins et les chassent. Alors, Girard, accompagné du pape et d’une troupe nombreuse, va à Constantinople chercher les deux princesses. L’empereur les donne à ses champions ; il est convenu, par un accord solennel, que l’aînée, Berte, est fiancée au roi, la cadette, Elissent, à Girard.

Tandis que le pape et Girard, escortant les princesses, reviennent de Constantinople à petites journées, des messagers ont pris les devans pour annoncer au roi Charles, resté en France, le succès de l’ambassade : « Ils t’ont donné l’aînée ; à Girard la cadette ; et, si l’aînée est belle, la cadette l’est plus encore. L’homme le plus farouche, le plus triste, ne peut la regarder que son cœur ne s’apaise. — Je choisirai la meilleure, » dit Charles ; et, sans plus tarder, il monta à cheval ; dès ce moment il désira la fiancée de Girard.

Venu à Bénévent, le roi y trouva le cortège. Les deux jeunes filles étaient assises l’une auprès de l’autre dans le cloître, quand il entra. A sa vue, Berte prit peur ; Elissent, la fiancée de Girard, se leva, rougit, et s’inclina profondément. Charles la prit, l’embrassa une fois et l’assit près de lui. Il eut le cœur touché de sa beauté, et rit. « Sire, dit l’abbé de Saint-Denis, cette autre est ta femme, tu es engagé avec elle ; nous l’avons juré dans son pays. — Par mon chef, dit Charles, c’est moi qui décide. Si là-bas Girard a fait les parts, ici je choisis. » Et l’abbé répondit : « Sire, vous avez dit une malheureuse parole (§ 24). »

Malheureuse, en effet, car c’est elle qui allumera entre Girard et lui des guerres sans fin. Girard a appris l’offense que le roi lui fait. Il veut le défier sur l’heure ; le pape et les barons tentent de le calmer, et, durant ce débat, Berte, délaissée par le roi, s’assied sous un olivier et pleure : « Chétive ! dit-elle, maudite soit de Dieu la mer, et la nef qui m’a fait aborder en ce pays ! Mieux aimerais-je être morte là-bas que vivre ici ! » Le roi s’obstine dans son caprice, Girard dans son droit. Le pape propose pourtant un accord : que Girard cède à son rival la princesse qu’il convoite ; mais qu’en retour le roi le tienne désormais quitte de son fief, en sorte que Girard cessera d’être