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Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/349

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le Havre, où les travaux sont commencés depuis douze ans. Nous allons donc nous trouver en présence d’une nouvelle concurrence fort sérieuse, puisque Limington sera bien outillé, mieux que le Havre, qui ne possède pas de grande forme de radoub et qui n’en possédera pas de longtemps, si l’on persévère dans nos détestables traditions ! Il ne serait pas surprenant que la Compagnie transatlantique en fût réduite à envoyer certains de ses navires à Limington pour les faire radouber.

Veut-on savoir comment les étrangers nous jugent sur ce point ? Interviewé par notre compatriote, M. Huret, qui se livre à une enquête fort intéressante sur l’Allemagne, le président de la Compagnie du Norddeutscher Lloyd, à Brême, dont la compétence sur les questions maritimes est universellement reconnue, s’exprime ainsi : « Je ne connais pas tous les ports de France, mais quelques-uns seulement ; et, pour tout vous dire, il n’y a rien à y voir… Vous permettez que je vous dise cela, puisque c’est mon opinion vraie que vous demandez ? Non, il n’y a rien à apprendre pour nous dans les ports français. Votre malheur est d’avoir trop de petits ports. Autrefois, c’était nécessaire pour les voiliers, qui réclamaient beaucoup d’abris rapprochés, et aussi pour les marchandises importées en Europe au temps où il n’y avait pas de chemins de fer. Les mers n’étaient pas sûres. Il fallait le pavillon de France ou d’Angleterre pour sauvegarder la marchandise. L’Europe entière était tributaire de ces deux pays, tous vos ports étaient donc utiles. Aujourd’hui la situation a changé. Les grands bateaux remplacent les petits, et chaque pays a une marine. Si la France savait se contenter de quatre ou cinq grands ports, par exemple : le Havre, Cherbourg, Bordeaux, Marseille, et peut-être Cette, admirablement situés comme ils sont, ce serait suffisant, il ne faut pas disséminer ses forces et son argent.

« Vous pourriez faire alors les travaux nécessaires pour mettre vos ports à la hauteur des ports modernes. Tandis qu’à présent vous ne faites rien. La jalousie des petits contre les grands empêche tout effort important vers un point qui aurait l’air d’être favorisé, de sorte que, pour ne pas mécontenter les petits et les moyens, vous demeurez dans l’inaction… Pendant ce temps, les autres pays marchent, et c’est ainsi que la France est distancée…

« L’immobilité, reprit M. Plate, est le grand mal des pays