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Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/335

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D’autre part, le siège de Pierre était trop haut dès le XVe siècle et son ascension avait été trop rapide au cours de ce siècle, pour qu’il fût permis de lui refuser en France ce que, de 1450 à 1515, la Chrétienté avait fini par reconnaître comme un droit : la confirmation. Même si des élections surannées et scabreuses n’avaient point donné les résultats odieux ou ridicules que nous avons à deux reprises signalés, au lendemain de leur institution et à la veille de leur disparition, l’Eglise électorale était frappée d’une tare mortelle. On ne légifère pas en matière canonique malgré et contre Rome.

Monarchie et Papauté avaient grandi depuis 1438. Entre ces deux puissances, l’Eglise séparée de Bourges, dès l’abord condamnée, devait succomber soit à une réaction monarchique, soit à une réaction papaline.

L’habileté de François, à Bologne, fut qu’il résolut la crise au profit de sa couronne et, partant, de l’Etat français. Jusqu’au bout la Pragmatique fut dressée, en épouvantail, devant les yeux de Rome. L’effroyable crise de 1510 avait mûri la Curie. L’aimable diplomatie de François fit le reste.

Et quoique ce « gentil roy » eût, somme toute, mené à bien la savante et persévérante manœuvre que quatre rois, ses cousins, avaient conçue et poursuivie, telle avait été l’horreur inspirée à Rome par la « monstrueuse entreprise de Bourges » que la Curie crut à un grand triomphe. C’est pourquoi le jour où, dans les murs du Latran, le Pape, interrogé sur la condamnation de la Pragmatique, se leva transporté de joie et saluant la fin de l’Eglise gallicane séparée de Rome, cria : Multum placet ! il parlait ainsi au nom de dix pontifes, ses prédécesseurs. Ce fut le soupir de Pie VII après le traité de 1801, suivant de si près la Constitution civile du clergé.

Rien décidément ne prépare mieux à un concordat qu’une séparation.


LOUIS MADELIN.