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Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/334

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propose ce que depuis soixante-dix-huit ans cinq rois ont désiré. Ce fut l’œuvre de Duprat d’achever de rendre le Concordat « semblable à la Pragmatique. » Le légat, négociateur de l’autre partie, reconnaît, dans une lettre, qui dort inédite aux Archives de Florence, que « l’on a conservé quelques articles de la Pragmatique. » On en conserva de considérables. Duprat exagère simplement lorsque, devant le Parlement, il s’écrie, comme s’il eût joué le Pape : « Il n’y eust d’autre différence que ce qui s’appelait Pragmatique s’appelle Concordat. »

il y a deux grandes différences : le Roi est devenu grand électeur de son royaume, et le Roi tient du consentement du Pape le droit exorbitant qui lui est dévolu.

Le Pape, en effet, n’est point aussi joué que le prétend Duprat : ce qui par-dessus tout avait alarmé et exaspéré la Curie en 1438 et depuis, c’était la prétention affichée par le clergé et l’Etat de régler en dehors du Saint-Siège et presque contre lui le sort d’une partie de l’Eglise et son organisation. Sur ce point, — le plus grave aux yeux de Rome, — Léon X avait satisfaction. Le roi de France avait servi la messe au Pape en la basilique San Petronio : à cette messe il avait conquis la fortune bénéficiaire et la direction réelle de l’Eglise gallicane. « Baiser les pieds au Pape… et lui lier les mains, » disait à Louis XIV le président Harlay.

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Cinq rois de France, au fond, avaient poursuivi ce dessein.

Dès le début un œil perspicace eût pu prévoir que l’essai tenté à Bourges était, dans un avenir plus ou moins éloigné, condamné à l’avortement. L’Eglise séparée que la Pragmatique organisait devait succomber à un vice originel. Le Roi ne l’avait jamais admise que comme un moyen de peser sur Rome et d’en obtenir ses convenances ; le Pape ne pouvait pas l’admettre, puisque c’était contre lui qu’elle s’était instituée.

Les Valois, marchant de jour en jour vers une monarchie plus absolue, ne pouvaient voir d’un œil sincèrement favorable une constitution qui érigeait le clergé en corps autonome, puissant et riche, s’appuyant sur les universités à privilèges et les parlemens à remontrances. Ces souverains, hommes d’Etat autoritaires, devaient par ailleurs regarder sans aménité le désordre où se débattit promptement l’Eglise électorale.