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« Grand ministre, » a dit de Duprat M. Hanotaux : certes ! trop peu connu, trop peu loué ! Antipathique, odieux même, rude produit du terroir d’Auvergne, dur avec des côtés de ruse, « le plus malfaisant des bipèdes, » a écrit de lui un de ses contemporains qu’il avait froissé ; Duprat « de hideuse mémoire, » dira l’abbé Grégoire à Bonaparte. Bon ouvrier de la France autant que bon serviteur des Valois, il fut l’artisan du Concordat, c’est-à-dire de la solution la meilleure de la crise que traversait la France depuis près d’un siècle et dont l’acuité était vraiment devenue intolérable.

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Les inconvéniens de la situation lui apparaissaient tous : l’Europe à l’affût de nos querelles avec Rome, les excitant, les envenimant, les exploitant avec des mines faussement scandalisées, et le Pape livré à l’influence ennemie. Le Roi a beau battre dans les plaines de Marignan les Suisses, soldats de l’Europe et alliés du Pape : François Ier avec Duprat n’y voit qu’une raison de plus de tout régler avec quelque avantage. Il faut, — le mot est prononcé par François au lendemain de Marignan, — « au lieu d’ycelle Pragmatique faire un concordat proufitable. » C’est pourquoi il court à Bologne.

Tout l’y excite, mais, par-dessus tout, l’anarchie où vit le royaume.

Telle nous avons vu en 1440, 1442, ou 1443, l’Eglise gallicane électorale, telle, hélas ! elle est restée. Peut-être électeurs et élus, en ce début du XVIe siècle, sont-ils moins édifians encore que devant. Je ne sais s’il faut croire Brantôme, — que le Concordat avait pourvu d’une abbaye, — lorsqu’il juge si sévèrement ses prédécesseurs élus : « Ils en elisoient le meilleur compagnon qui aimoit plus les garces, chiens et oyseaux, qui estoit le meilleur biberon… afin qu’il… leur permît toutes pareilles desbauches. » Le fait, pour n’être point si général, n’était pas rare.

Mais si, au lieu de nous promener, ainsi que nous l’avons fait avec M. Noël Valois, à travers les registres du Parlement de 1441, nous les ouvrons sur les années 1510 ou 1515, nous devons constater que, loin de s’améliorer, les mœurs électorales mises en vigueur par la Pragmatique, avaient encore empiré. Duprat savait à qui il s’adressait quand, en 1517, défendant le Concordat devant le Parlement, il lui rappelait ce que les