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Paris, Raphaël s’oppose à Rome. Plus que cent documens d’archives, la redoutable face de Jules II nous émeut et nous éclaire : creusée par les soucis, le front plissé, la bouche sévère sous la barbe rude, l’œil implacable, l’expression d’un orgueil sûr de vaincre ! Héliodore sera chassé après avoir été flagellé. Le maître des cérémonies Pâris de Grassis donne le commentaire du tableau. Quelle antipathie gallophobe révèle son Journal ! La détestable nation ! la mauvaise fille de l’Eglise ! pestilence gallicane ! Et puis ces gens vains, légers, qui toujours se révoltent et qui toujours plaisantent ! Car à Rome, c’est un des reproches qu’on fait, — au XVIe comme au XIXe siècle, — à la France : cette incorrigible « vanité, » ce ricanement sacrilège, ces « légèretés gauloises » dont parle le maître des cérémonies de Léon X.

Héliodore, de fait, était expulsé : les Français chassés d’Italie étaient menacés chez eux, de la Manche aux Pyrénées. Mais, pour notre fortune, le 21 février 1513, Jules II mourait.

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Le Concile du Latran attendait qu’il lui fût permis de frapper la détestable œuvre de Bourges. Tout dépendait du nouveau pape.

Le conclave fut agité : jamais l’Europe n’intrigua tant pour peser sur les cardinaux. L’Angleterre, qui erra en cette occurrence, se croyait sûre du cardinal de Médicis. Le 10 mars, les gardiens du conclave saisirent un plat d’argent qui, en apparence, ne portait qu’un rôt inoffensif au cardinal de Bambridge, agent anglais dans la place : mais, au revers, un stylet, qui sans doute venait de Sheffield, avait tracé ces mots : « Fieschi or Médicis. » Le 11, Médicis fut élu. Tout, du côté français, semblait perdu. Tout était sauvé : le pape du Concordat était sur le siège de Pierre.

Léon X était un modéré. Artiste voluptueux, politique du mezzo termino, d’une finesse extrême dans les petites combinaisons, mais les yeux clignotans, — que nous livre Raphaël en un portrait célèbre, — devant les grandes. Il n’avait point l’âme irritée de son prédécesseur ni son puissant cerveau ; les situations tragiques lui déplaisaient, les grands desseins l’effrayaient, les lourds soucis lui étaient odieux. Autant Jules II est de physionomie ravagée et sévère, autant Jean de Médicis présente une face pleine, dont les lèvres gourmandes dénoncent une sorte de bienveillance paresseuse et le désir de jouir en paix des bonnes