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Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/328

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le Pape ayant menacé d’interdit le royaume de France, ce fut un déchaînement.

La violence de ce déchaînement étonna Rome. Il importe d’y insister. L’impression profonde que la Curie en garda explique comment, en quelques années, mûrit aux rives du Tibre le fruit concordataire. Le roi de France parut bien puissant chez lui : d’un seul geste il redressait contre le Siège romain la vieille ligue des traditions et des intérêts gallicans, et, du haut archevêque à l’ « escholier » de Paris, il sembla bien que le Roi disposait à sa guise des cœurs et des volontés : chose étrange, cette entreprise de colère et de haine allait hâter la solution de concorde et de paix.

Ce qui dut, par-dessus tout, émouvoir Rome, c’est que de cette crise sortait une sorte de journalisme et de journalisme anticlérical, inquiétant et menaçant, en ce début du XVIe siècle. A côté des pesans polémistes, Le Maire de Belges et Bouchet, avec leurs lourdes dissertations antiromaines, toute une équipe de piquans écrivains, subventionnée et excitée par le gouvernement, se jette dans la mêlée. Quelle mentalité révèle, — entre dix autres, — l’œuvre de Pierre Gringoire et, plus particulièrement, ce Jeu du Prince des Sots qui, sur les tréteaux des Halles, jette un Jules II, vêtu du manteau pontifical, la bouteille à la main et avec les façons d’un soudard ivre, à la risée de la populace parisienne ! 1793, brûlant en effigie Pie VI, « le Braschi, » sur le Pont-Neuf, ne fera pas mieux.

Gringoire ricanant, Louis XII voulait cependant d’autres armes. Il fit réunir à Pise un « concile réformateur : » le Pape y opposa son propre Concile, celui du Latran, coup droit qui déconcerta le rival, d’autant que, passant à l’offensive, Jules II inscrivit à l’ordre du jour du Latran la formelle condamnation de la Pragmatique. Et si Pise, sous l’influence de Paris, suspend le Pape, le Pape arrache au Roi par une bulle célèbre la couronne de France pour la déférer à l’Anglais. Terribles heures !

Toute guerre, dès lors, contre la France semblait sacrée, « Sainte Ligue, » Croisade. Des appels, — ainsi que plus tard, en 1792, — partaient de Rome vers Londres, Vienne, Madrid. Le Français n’est plus seulement l’un des Barbares qu’il faut bouter fuori l’Italia : il est le profanateur du temple de Dieu.

Rien de plus symbolique que le mur des « Chambres » où Héliodore terrassé crie merci. A Gringoire qui bouffonne à