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mitrés à l’assemblée de Bourges, et même s’ils ont avec condescendance prêté appui au Roi, c’est déjà un crime de lèse-majesté que d’avoir pensé que le souverain avait besoin de cet étai. Il n’y aura plus, sous Louis XI, d’assemblée d’évêques alors qu’on en compta huit sous le règne précédent.

Et ces élections ? De quel œil torve le jeune homme les doit considérer ! Ces chanoines qui élisent, au milieu des brigues, un prêtre qui peut-être est l’ennemi du Roi, et que nulle loi ne permet ni d’écarter avant ni de dépouiller après ; ces chapitres qui parfois ont, sous son père, — personnage trop débonnaire, — refusé d’agréer « le féal et amé serviteur » que de Tours ou d’Amboise on leur voulait bien indiquer ; ces foyers d’intrigues, de querelles, de procès, d’anarchie, quoi de plus répugnant à cet esprit d’ordre et d’autorité, tout entier bandé vers la dictature ? Etait-il vraiment raisonnable, pour couvrir du manteau fleurdelisé prélats et chanoines arrogans et facilement rebelles, d’encourir les foudres de notre sainte mère l’Eglise dont il est « le dévot fils ? »

Et puis ce roi, — le plus génial sans doute de la race des Valois, — ce roi qui, d’un œil perçant, sonde la France en désordre et va, en vingt ans, y mettre bon ordre, porte plus loin son regard, vers l’Angleterre, l’Allemagne où les cousins de Bourgogne peuvent trouver des alliés, vers l’Italie surtout. Il a une politique européenne : il entend ne point fournir aux éternelles coalitions des ennemis de la France l’arme hypocrite, empoisonnée, dont se serviront, quarante ans plus tard, les souverains de la Sainte-Ligue et que Rome, légitimement, fournira. En Italie, il entend implanter l’influence française sans dépenser un homme d’armes ni un denier. Si le Roi Très Chrétien redevient en France le bras de Rome, le Pape de Rome ne pourra-t-il être en Italie le bras du Roi ? D’ailleurs, on verra venir On abolira, sur le papier envoyé à Rome, la Pragmatique, mais elle restera aux mains du Parlement l’arche sainte qu’on voile sans la détruire. Le Palais de Justice servira d’asile à la proscrite : on ira l’y rechercher le jour où le Pape aura déçu des espérances et où le Roi aura, parlant, conçu d’autres projets.

En réalité, ce prince, qui toujours poursuit un dessein net par des voies détournées, aime la combinaison et y excelle. Louis XI est le véritable père de la politique concordataire : elle est le fruit de sa mentalité. Plus que pour Charles VII, la Pragmatique