Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/304

Cette page n’a pas encore été corrigée


L’Université à privilèges, le Parlement à remontrances constituent, dans cette monarchie dite absolue, de véritables corps qui, certes, tiendraient en mépris nos professeurs et nos magistrats, petits fonctionnaires isolés et timides. Le haut clergé, à son tour, veut être un corps : s’il arrive à se constituer en corporation quasi indépendante, quelle force il détiendra ! Se recrutant par élections, mais maintenant jalousement, avec le droit d’y pourvoir, les bénéfices inférieurs sous sa domination, il se dérobera à Rome et lui enlèvera le bas clergé. Maître d’une grande fortune, ne devant plus rien aux collecteurs pontificaux, il devient le propriétaire et le rentier le plus opulent du royaume et peut-être de l’Europe. Ses réunions feront loi. Tenant les âmes par le spirituel et des millions par le temporel, il dictera au Roi ses conditions, jouira de privilèges et fera un jour, lui aussi, ses remontrances. Délivré de l’intervention romaine, il ne lui restera plus qu’à réduire le Roi Très Chrétien à merci.

* * *

En tout cela que devient et que pense le Roi Très Chrétien lui-même ?

Qu’il s’appelle Charles ou Louis, il appartient à cette race avisée issue de Hugues Capet qui, en quatre siècles, s’est, par une politique patiente plus encore que par de grands coups d’épée, taillé un si admirable royaume, hommes d’Etat avertis, renards sous la peau du lion. Ils voient clair. Ils voient assurément que la mainmise du Pape sur la fortune bénéficiaire est chose néfaste et que bientôt ils seront moins maîtres chez eux que « les prêtres de Rome ; » que leur justice est entravée, que les millions que prend la Curie bon an mal an feraient mieux dans les coffres de leurs argentiers ; que d’ailleurs leurs conseillers, Parlemens et Universités, sont personnes anti-romaines et personnes de poids qu’il faut satisfaire ; que, partant, tout, pousse un Valois à faire échec aux prétentions du siège romain.

Mais ils voient non moins clairement quels dangers présenterait, appuyé sur les Parlemens et Universités, un corps sacerdotal maître de son recrutement et disposant de biens considérables, à quelle servitude les vouerait cette ambitieuse Eglise gallicane dont le fils de saint Louis ne serait point du tout le chef, mais tout uniment le « bras dextre. » Le gallicanisme leur paraît un