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Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/238

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ce qu’elle a applaudi, c’est l’allure loyale du discours, les promesses d’apaisement qu’il contenait, ses tendances vers la conciliation. Et tout cela est remis en cause.

Un autre passage de ce discours mérite une attention particulière. On n’a pas oublié le langage si différent tenu par M. Clemenceau et par M. Briand au sujet de la déclaration des évêques, que le premier repoussait du pied, tandis que l’autre l’accueillait comme une avance. L’un des deux se trompait ; mais lequel ? Après avoir rappelé l’impression qu’il avait éprouvée lui-même, M. Briand a déclaré que M. Clemenceau en avait éprouvé une autre parce qu’il ignorait alors les faits à la suite desquels la déclaration était intervenue. « Oui, messieurs, a-t-il dit, la nouvelle de ce manifeste venait de nous parvenir peu avant notre entrée en séance. Après que j’ai eu expliqué à M. le président du Conseil ce qui s’était passé, de quelle assemblée cette déclaration des évêques était le résultat, il a fait ses réserves, comme moi, sur la forme et même, à un certain point de vue, sur le fond de cette déclaration… » Ici, l’orateur a été interrompu et il n’a pas terminé sa phrase ; mais le sens en est assez clair. M. Briand a soulevé à peine un coin du voile et l’a laissé retomber aussitôt ; cependant, nous en avons vu assez pour comprendre que, dans l’Assemblée des évêques où la déclaration a été élaborée, deux politiques ont été en présence, celle de l’intransigeance et celle de la transaction, et que la seconde l’a emporté. M. Clemenceau, mal renseigné sur les origines du document, n’en a compris le sens que par la suite. Mais l’a-t-il fait suffisamment ? Rien de plus grave à nos yeux que cette initiative de l’épiscopat français qui, après avoir pris conscience de sa solidarité, est sorti de l’intransigeance doctrinale pour entrer pratiquement dans les voies de la conciliation. La question qui se posait alors, et qui continue de se poser depuis, est de savoir à quelles influences il obéira. Il a fait vers le gouvernement un pas hésitant, embarrassé, empreint de gaucherie peut-être, mais qui témoignait d’une intention loyale. Si on l’accueille, il en fera d’autres ; si on le repousse, on le ramènera définitivement du côté des violens, on le livrera à leur merci. Un gouvernement sensé peut-il hésiter sur l’attitude à prendre ? Celle de M. Briand, après la déclaration des évêques, avait donné des espérances : mais, encore une fois, où en sommes-nous aujourd’hui ? Les négociations sont interrompues, sinon rompues, et elles le sont par la seule faute du gouvernement. Tant de belles et de bonnes paroles de M. Briand résonnent encore à notre oreille, que nous voulons encore croire à un