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Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/234

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Celui-ci n’a pas pris la parole dans la séance du 19 février : il s’est contenté d’applaudir plusieurs fois M. Briand, et de l’interrompre pour faire savoir à la Chambre qu’ils étaient pleinement d’accord, qu’ils l’avaient toujours été, qu’ils le seraient toujours. Est-ce bien vrai ? L’impression générale est toute contraire. M. Clemenceau et M. Briand représentent deux politiques différentes, dont la contradiction n’a jamais été plus évidente que ces derniers jours. Une première fois, M. Briand s’est cabré et a menacé de rompre : M. Clemenceau a couru après lui avec des paroles flatteuses et l’a ramené triomphalement sur le banc ministériel. Mais, depuis, M. Clemenceau a pris sa revanche sur M. Briand : à son tour, il lui a imposé sa politique, et M. Briand a eu la faiblesse d’y consentir. Si nous le regrettons pour nous, c’est-à-dire pour le pays, nous le regrettons aussi pour lui, car il est triste de voir tant de ténacité, de patience, d’habileté et, — nous en sommes convaincu, — de sincérité, aboutir à un effondrement grâce à la défaillance d’un jour.

Ceux qui ont écouté avec attention le discours de M. Briand ne se sont pas mépris, dès le premier moment, sur ses conséquences probables. Ils en ont apprécié comme de juste la forme parfaite. M. Briand parle des questions religieuses avec décence et gravité. Il ne se permet aucune facétie boulevardière. Il ne cherche jamais à désobliger et à blesser. Ce sont là de précieuses qualités : elles ont pu faire illusion, au premier moment, sur la portée du discours. Qui sait si, sûr qu’il se croyait de ses intentions, M. Briand ne s’est pas fait illusion à lui-même ? Pour peu toutefois qu’on allât au fond des choses, il était difficile de ne pas éprouver quelque inquiétude en l’entendant. Il annonçait que les propositions faites par l’archevêché de Paris à la préfecture de la Seine, pour obtenir par contrat la jouissance des églises, étaient inacceptables : et pourquoi ? Parce que la préfecture entendait rendre les curés responsables de l’entretien des églises sur leur fortune privée. Peut-être aurait-on fini par s’entendre sur ce point, s’il avait été seul en cause. Mais M. Briand émettait deux prétentions toutes nouvelles, à savoir que, dans les propositions rectifiées qu’il aurait à faire, l’archevêché spontanément introduisit parmi les clauses du contrat l’engagement de ne nommer à une cure ni un étranger, ni un congréganiste. On reconnaît là l’intervention personnelle de M. Clemenceau. Il savait fort bien que l’archevêché ne pouvait pas prendre l’initiative d’une proposition pareille, et qu’en l’obligeant à le faire on allait tout droit à la rupture.

Il faut distinguer ici, comme presque toujours dans ces matières,