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Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/152

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bien mieux placé que moi pour les recevoir. Nous voilà au-delà du Weser ; mais tout dépend des Français en dernière analyse. Quelle force renversera Napoléon sans que des millions de fous consentissent à le défendre ? On le chassera de l’Allemagne, et de l’Italie encore, si vous voulez : eh bien ! il lui restera la puissance de Louis XIV augmentée d’un cinquième (plus ou moins) ; il se tiendra derrière ses citadelles et laissera croître ses jeunes gens pour recommencer ensuite, dès que la chose sera possible. Il faut détruire Carthage, disait Caton à la fin de tous ses discours. Il n’y a qu’un mot à changer à la fin de tous les nôtres. Si l’on manœuvre bien, la chose est possible. Il faut faire provision d’argent, de patience et de concorde assez pour pouvoir demeurer en armes sur sa frontière et le forcer, lui, de demeurer toujours dans la même attitude, mais sans argent. Tout cela étant accompagné de conversations convenables, il y a beaucoup à espérer. Sur cela, mon cher comte, je vous embrasse tendrement et mon cœur vous ordonne de vous bien porter. J’ai regret à cette formule latine que je trouve tout à fait française lorsque je vous écris. »

Aux appréhensions de Joseph de Maistre se mêlaient, on le voit, de vives espérances. Elles n’étaient pas téméraires et le moment approchait où elles allaient se réaliser.


ERNEST DAUDET.