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Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/14

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Ætas majorum, pejor avis
Nos nequiores tulit.


Il suffit, pour nous en assurer, de considérer « combien la paillardise est plus grande aujourd’hui qu’elle n’a jamais été, » ou combien encore « la gourmandise et l’ivrognerie. » A moins que, prenant un autre moyen pour aboutir aux mêmes conclusions, on ne passe tour à tour en revue, les « larrecins » des marchands, et notamment des apothicaires, ceux des gens de justice, et surtout ceux des « gens d’Église, » ensemble leurs blasphèmes, leurs rapines, leurs homicides, et ceci finit par l’amener à son véritable objet, lequel n’est que d’écrire contre l’Eglise ou contre Rome le plus immodéré des pamphlets. C’est tout ce qu’il y aura de commun, si l’on veut, entre l’Apologie pour Hérodote, et le roman de notre Rabelais.

Il est vrai de dire, en effet, que s’il n’y a rien de plus violent, ni de plus grossier que la satire, dans l’Apologie pour Hérodote, il n’y a rien de plus banal, ni qui le fût déjà davantage du temps même d’Henri Estienne, et il n’y a rien surtout de plus « vulgaire. » La vulgarité, c’est le caractère éminent du génie d’Estienne. On ne saurait croire de quels argumens il se contente, et de quelles plaisanteries. Il ne recule assurément ni devant l’invective, qu’il a d’ailleurs plus injurieuse que mordante, ni devant l’obscénité, qu’il est étrange que sa « morale » ne lui interdise pas plus sévèrement ; mais c’est dans la vulgarité qu’il se complaît, dans l’anecdote qui court les rues, dans le conte que l’on serait tenté d’appeler moins « gaulois » que « bourgeois, » dans ses historiettes comme celle du « pauvre Limousin, »


… lequel ayant vu vendre à Lyon un fort petit chien quatre écus, s’en retourna tout, court en son pays, pour amener des gros mâtins, qu’il y avait laissés, faisant son calcul combien devait valoir un chien de tel calibre et de tel poids, si un petit se vendait si chèrement.


Il y aussi l’anecdote de celui


qui ayant vu cracher sur du fer, pour essayer s’il était encore chaud, crachait pareillement en son potage pour éprouver s’il était chaud.


Ce sont là « propos de table » qui s’échangent après boire, entre rudes compagnons dont la journée a été dure, dont le