Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/133

Cette page n’a pas encore été corrigée


tourneront. J’ajoute que, très probablement, il y était pour voir s’il y aurait moyen de sauver le Roi ou de lui être utile de quelque façon. Il avoue la faiblesse de son caractère, il s’en plaint même de la manière la plus naïve et la plus intéressante. Sur ce point, il est coupable, comme je le suis d’avoir la vue basse ; mais je le crois très incapable d’être entré dans le moindre complot contre son maître, auquel cas il serait un homme abominable. Mais, jusqu’à ce que j’en aie la preuve, j’en croirai davantage une vieille estime que le témoignage d’une vue, je ne dis pas trouble, mais au moins nécessairement troublée. Si nous n’adoptions pas la règle salutaire de ne juger les hommes que par leur caractère général, il ne nous resterait pas un ami au milieu de ce déchaînement universel de soupçons et de calomnies. Mais laissons là ce chapitre. Je condamne tout ce qui est mauvais, et vous aussi ; je n’abdique pas aisément un ami, ni vous non plus, je crois. Si nous errons par hasard dans l’application des règles, ce n’est que faiblesse humaine de part et d’autre.

« Il est un article essentiel sur lequel nos pensées sont diamétralement opposées, c’est la fameuse déclaration du clergé de 1682. Vous m’avez fait peur au pied de la lettre, en me disant que les petits-fils du grand Roi ignorent son repentir et son désaveu. Hélas ! mon cher comte, des princes excellens peuvent donc ignorer, pendant plus d’un siècle, ce qu’ils n’auraient pas dû ignorer deux minutes. Vous voyez par cet exemple ce qu’est l’empire des sectes et des cabales, sur votre nation surtout, qui est sans contredit et, sauf votre respect, la plus aisée à tromper et la plus difficile à détromper. Quant à l’illustre Bossuet, que personne ne vénère plus profondément que moi et que je regarde comme le dernier et le premier des Pères, croyez-moi, cher comte, lorsque vous voudrez louer Corneille, ne louez pas Pertharite : citez Rodogune ou Cinna ; mais n’accusons plus un grand homme ! Il a dit sur la fin de sa carrière (et c’est bien assez) : Que la déclaration aille se promener ! Le latin est un peu moins familier, mais tout aussi énergique et parfaitement synonyme (abeat qui voluerit). Il fut dans cette fatale assemblée le modérateur de quelques mauvais esprits très mal disposés ; il arrêta le projet de l’évêque de Tournay (qui était, je crois, un Choiseul) et dont la rédaction était absolument et ouvertement schismatique. Enfin, il couronna ses services envers l’Eglise et l’Etat par son fameux sermon sur