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qui, de tous ses écrits français ou latins, demeure aussi bien son seul titre « littéraire, » on aurait le droit de ne voir en lui qu’un érudit, un Danès ou un Turnèbe. Il ne faudrait pas, en ce cas, oublier l’imprimeur. Fils de ce Robert Estienne, dont le grand honneur est d’avoir été en France l’introducteur de la typographie grecque et orientale, Henri, l’aîné de huit ou dix enfans, devait être le successeur de son père, à l’enseigne de l’Olivier, bien connue des bibliophiles, et l’exécution matérielle de son Thésaurus lingæ græcæ, que l’on considère comme une date dans l’histoire de l’hellénisme, n’est pas celle de ses œuvres qui l’honore le moins. Cette admirable publication, dont nous regrettons de ne pouvoir être le juge, fut d’ailleurs le commencement et la cause ; de sa ruine !…


Ex dicite reddit egenum
Et facit ut juvenem ruga senilis aret.


Par une exception singulière, il sut le grec avant de savoir non pas même le français, mais le latin, et son début littéraire, en 1551, fut une édition, la première édition des Odes d’Anacréon, qu’il avait lui-même découvertes on ne sait dans quelle bibliothèque d’Italie, et qu’il accompagna d’une traduction en vers latins, qui reproduisaient les mètres de l’original. Les Odes d’Anacréon, — ou du faux Anacréon, pour mieux dire, — étaient suivies de fragmens d’Alcée et de Sapho. Le succès fut considérable. La Pléiade s’empara tout de suite de ce faux Anacréon, qui ne détrôna pas Pindare, mais qui donna à nos poètes l’idée d’un lyrisme moins tendu, moins compliqué, moins spécial surtout ou moins « local » que celui du poète thébain ; et, du coup, le nom d’Henri Estienne devint illustre parmi les lettrés. D’autres publications suivirent, parmi lesquelles il suffira de citer le Ciceronianum Lexicon Græco Latnium, 1557, la première édition des quinze livres de la Bibliothèque de Diodore de Sicile, 1559, une édition de Pindare, avec traduction, Pindari Olympia, Pythia, Nemea, Isthmia, 1560, et une traduction latine d’Hérodote, elle-même suivie, à bref intervalle, d’une Apologie pour Hérodote, 1566, qui est le plus fameux des ouvrages d’Estienne, et, comme on l’a dit plus haut, son principal titre littéraire, celui qui lui a valu, dans nos histoires, d’être souvent et trop facilement nommé à côté de Rabelais.

Dans une préface [latine] qu’il avait mise à sa traduction