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Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/118

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prestige si gravement atteint renaîtrait, en même temps que sa rentrée en France lui serait rendue plus facile. Animé d’une conviction pareille, Blacas écrit à Joseph de Maistre :


« Il est une affaire bien importante que je voudrais voir terminée et dont vous devriez vous occuper, vous qui êtes en mesure de tout dire au comte Nicolas [1]. Faites-lui sentir qu’il doit travailler à renouer ce qu’il a été si impolitique de rompre. La chose aura lieu très facilement, s’il le veut. Ici, on ne sera pas difficile, et Ton doit l’être encore moins à Pétersbourg. Si le comte Nicolas termine cette grande affaire que je me chargerais de finir en huit jours, il jouira de son ouvrage ; s’il ne le fait pas, il sera forcé de quitter la place, et celui qui le remplacera en aura l’honneur et le profit.

« Quant aux conditions, rien de plus aisé : vous avez besoin de denrées coloniales, nous vous en donnerons en échange de vos bois qui nous sont nécessaires ; vous avez besoin d’argent, eh bien ! nous vous achèterons votre fer, vos suifs, etc. ; vous rétablirez pour dix ans le traité qui en avait existé vingt. Voilà, les bases ; je vous laisse le soin des détails ; mais concluez. Envoyez 200 000 hommes dans les provinces allemandes et polonaises ; nous nous chargerons de l’approvisionnement et d’une partie de la solde. Vous voyez que je suis généreux ; signons et recommandons-nous au grand saint Nicolas qui conduisait si bien les soldats de Souvarow. »


Blacas ne reçoit aucune réponse à cette invitation. Il y revient le 9 avril 1811. Mais, en même temps, il se plaint du silence de son ami. Il s’en plaint d’ailleurs sans amertume, accusant plus encore les circonstances qu’il n’accuse celui-ci. Pour lui prouver que, malgré tout, il ne lui tient pas rigueur, il ne parle de ses griefs qu’en les enveloppant des formes les plus affectueuses.


« Je suis très étonné et affligé, mon cher comte, de ne pas recevoir de vos nouvelles. Vous devez avoir vu par mes dernières lettres que j’avais besoin des vôtres, et il me tardait d’en avoir quand j’apprends, indirectement, que vous vous plaignez

  1. Le comte Nicolas Romanzoff.