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Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/110

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gouvernement anglais n’aurait pas été plus intransigeant qu’elle ; mais il demeurait résolu à nous soutenir en tout et partout, quelle que fût notre attitude. La publication des dernières instructions de M. Rouvier, l’affirmation de M. Léon Bourgeois qu’il s’appropriait ces instructions, témoignaient de notre fermeté. Sir Edward Grey fit immédiatement le nécessaire pour qu’on sût que, contrairement aux assertions de la circulaire allemande, il restait à nos côtés sans l’ombre de faiblesse ni d’hésitation. Et comme au même moment les ambassadeurs d’Angleterre, à Vienne et à Saint-Pétersbourg, télégraphiaient qu’on leur demandait des détails sur « l’adhésion de leur pays au projet autrichien, » il adressa à tous ses représentans, à la date du 13 mars, un télégramme circulaire avec ordre de le communiquer.

Ce télégramme portait que les instructions données à sir Arthur Nicolson lui prescrivaient, d’une façon générale, de maintenir à la France, dans l’avenir comme dans le passé, pour toutes les questions encore à trancher, un appui absolu et sans réserve ; plus spécialement, de l’appuyer énergiquement dans son refus d’admettre que l’inspecteur de la police eût le commandement de Casablanca, ou de quelque autre port que ce fût, et qu’ainsi un de ces huit ports fût soustrait à la police franco-espagnole. Le lendemain 14 mars, sir Francis Bertie, ambassadeur d’Angleterre, venait porter cette dépêche à M. Georges Louis, directeur des affaires politiques au quai d’Orsay, et sir Charles Hardinge, sous-secrétaire d’Etat permanent au Foreign Office, informait M. Paul Cambon qu’il en avait donné connaissance au comte Wolff-Metternich. Trois jours après, le Temps publiait les instructions envoyées à sir Arthur Nicolson. Nul ne pouvait plus croire que l’Angleterre songeât à nous abandonner, moins encore qu’elle agît sur nous pour nous pousser à capituler.

La Russie, à son tour, entrait alors en scène, et, ne voulant pas remplir ses devoirs d’alliée avec moins de netteté que la Grande-Bretagne ne s’acquittait de ses obligations d’amie, elle adressait à ses ambassadeurs une circulaire identique à la circulaire anglaise. Cette communication, parfaitement correcte dans le fond et dans la forme, exaspéra le gouvernement et les journaux allemands. C’était, en effet, la première manifestation publique des sentimens de la Russie. Cette irritation s’accrut de