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En tant que ministre des finances, il a été beaucoup plus précis : il l’a même été complètement, et nous lui rendons la justice qu’il n’a pas dissimulé les difficultés de notre situation budgétaire. Il n’a pas voulu les qualifier d’ « inquiétantes, » mais il les a reconnues « sérieuses, » et il a ajouté qu’il serait « criminel » de les cacher au pays. Il a avoué que le budget de 1906 n’a été équilibré que par l’emprunt, ce qui veut dire qu’il n’a pas été en équilibre, mais bien en déficit. « Pour 1907, a-t-il dit, les choses s’annoncent sous un jour encore moins favorable. » Il est plus facile de parler d’économies que d’en faire. Les collègues de M. le ministre des finances ont procédé à une « révision sévère » des dépenses qu’ils se proposaient de diminuer, et ils ont abouti à des « augmentations formidables, dues pour la plupart aux nécessités de l’organisation militaire et à des lois votées. » C’est une satisfaction d’esprit de savoir à quoi elles sont dues, mais il faut y faire face. M. Poincaré annonce qu’il déposera un projet d’impôt sur le revenu dont des notes officieuses ont fait connaître depuis les dispositions générales : nous y reviendrons quand elles seront mieux établies. Quel qu’il soit, cet impôt suffira-t-il pour remédier aux difficultés de la situation budgétaire ? M. Poincaré ne nous laisse pas longtemps cette illusion : « Il serait, dit-il, chimérique de l’espérer. » Il faudra donc de deux choses l’une, ou d’autres impôts, ou d’autres économies. Nous préférerions d’autres économies ; mais comme on ne les fera pas, nous craignons beaucoup, ou qu’on ne fasse d’autres impôts, ou que celui que M. Poincaré prépare sur le revenu ne soit considéré comme insuffisant par la Chambre, qui en acceptera les dangereux principes et s’empressera d’en aggraver l’application. Quoi ! cet impôt ne suffira pas à combattre le déficit budgétaire ? S’il en est ainsi que deviendront les grandes réformes sociales rêvées et promises ? Il y a, dans le discours de Commercy, une phrase dont on appréciera la discrète ironie. L’impôt sur le revenu, a dit M. Poincaré, « ne procurera donc, au total, que des ressources limitées, qui devront être réservées d’ailleurs, autant que possible, comme gage des réformes sociales et particulièrement des retraites ouvrières. » Sans doute, s’il en reste : mais puisque l’impôt ne suffira pas à combler le déficit… ? Combien de réserves ne viennent-elles pas à l’esprit ? Malgré tout, sachons gré à M. Poincaré de l’effort qu’il a fait vers les réformes administratives et vers la vérité budgétaire. Il est bon de mettre tout de suite la Chambre aux prises avec les réalités. Elle y trouvera un frein : nous ne sommes pas sûr qu’elle le respecte toujours, mais peut-être en tiendra-t-elle compte au moment de