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Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 33.djvu/951

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




12 juin.


L’installation d’une Chambre nouvelle est un spectacle intéressant, bien qu’il ne soit pas toujours rassurant. La victoire que les radicaux-socialistes ont obtenue aux élections dernières leur attribue le pouvoir pendant la législature qui s’ouvre, à la condition toutefois qu’ils sachent l’exercer. Le sauront-ils ? Maintiendront-ils entre eux l’union et la discipline nécessaires pour faire aboutir leur effort ? Resteront-ils d’accord avec le gouvernement, et trouveront-ils en lui le concours sûr qu’ils en attendent ? Sauront-ils choisir et se borner parmi toutes les réformes qui se pressent dans leurs programmes ? Et enfin quels seront leurs rapports avec les autres groupes politiques plus à gauche ou à droite ? Telles sont les questions qui se posent : on voit qu’elles sont nombreuses. Il est plus facile, en ce moment, de les énumérer que d’y répondre. La Chambre n’existe pas encore ; elle n’est pas organisée ; elle ne se connaît pas ; elle ne sait elle-même que très vaguement ce qu’elle sera demain. La constitution de son bureau provisoire ne donne sur ses tendances que des indications sommaires. Elle a élu pour président M. Henri Brisson. Tout le monde s’y attendait. M. Brisson n’a pas eu de concurrent et, dans les circonstances actuelles, il ne pouvait pas en avoir. Nous sommes d’ailleurs les premiers à reconnaître ses qualités professionnelles. Mais ce choix, trop indiqué, ne prouve qu’une chose qui n’avait plus besoin d’être prouvée, à savoir que les radicaux-socialistes sont sortis vainqueurs des élections : il ne fournit aucune lumière sur la manière dont ils useront de leur victoire. En prenant possession du fauteuil, M. Brisson a prononcé un discours qui ne manquait ni de tact, ni de convenance, mais qui n’apportait aucune indication sur l’avenir. Combien le discours du président d’âge, M. Louis Passy, était plus plein de choses ? Mais M. Louis Passy est de la minorité. Il a donné de ces bons