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Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 33.djvu/946

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légères qu’un enfant peut les transporter comme des coussins de plumes ; et des chaises de bambou deviennent si lourdes que deux ou trois hommes, réunis, s’efforcent en vain de les soulever. D’autres objets changent subitement de température ; de froids, ils deviennent brûlans, ou, de chauds, glacés…

Sur l’ordre du médium, ensuite, le tapage s’arrête ; et l’un quelconque des assistans entre en conversation avec les esprits : soit que ceux-ci lui parlent par l’intermédiaire de la table, ou de la bouche du médium, ou bien encore qu’ils préfèrent intervenir en personne, par le moyen d’une de ces « matérialisations » que nous ont racontées, avec preuves à l’appui, d’illustres savans tels que William Crookes ou Alfred Wallace. Et l’entretien se poursuit, très poliment de part et d’autre, sans que d’ailleurs les esprits aient jamais à apprendre à leurs interlocuteurs rien qui mérite d’être appris, ni surtout d’être apporté de si loin, avec tant de mystère. « Mais parfois, au milieu de l’entretien, les réponses des esprits deviennent incohérentes, absurdes, ou bien grossières et obscènes, contradictoires, évidemment mensongères. Et le médium explique que ce sont d’autres esprits qui sont venus se mêler aux esprits évoqués, ou peut-être que ceux-ci se sont offensés du ton ou du contenu de telle ou telle question. »

Au reste, je ne puis suivre M. Lapponi dans tous les détails pittoresques de sa description. Chacun des prodiges qu’il nous décrit est affirmé, comme je l’ai dit, par un grand nombre de témoignages, et dont beaucoup sont plus ou moins suspects, mais dont quelques-uns ont une autorité incontestable et ne sauraient être mis en doute. Quelle que soit la nature de ces phénomènes bizarres, leur apparence extérieure est bien telle qu’il nous la présente. Depuis les Egyptiens, les Grecs, et les Indiens, jusqu’à des savans modernes des races et des écoles les plus diverses, des hommes se sont trouvés pour attester qu’ils ont assisté à des faits toujours sensiblement les mêmes, et provoqués de la même façon. Il se peut, naturellement, qu’ils se soient tous trompés sur l’origine de ces faits, et aient tenu pour des révélations surnaturelles ce qui n’était que des illusions ou des supercheries : mais de soutenir, aujourd’hui encore, que les faits qu’ils attestent sont faux, c’est là une opinion que M. Lapponi déclare inadmissible. Il reconnaît, toutefois, qu’il n’a jamais observé lui-même aucun de ces faits : l’occasion lui en ayant manqué, et sans doute aussi la curiosité. Mais il me semble que pas un lecteur de bonne foi ne le désapprouvera d’ajouter que, sans avoir jamais vu le détroit de Magellan, sans avoir jamais constaté un seul cas de certaines maladies propres aux régions tropicales, il est cependant persuadé de la