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Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 33.djvu/943

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surtout attaché à démontrer le caractère éminemment naturel et explicable, sinon déjà expliqué, de ces phénomènes. « Jamais, nous dit-il, même dans l’état de somnambulisme le plus exalté, l’intelligence ne s’élève jusqu’à la notion des choses occultes, des événemens futurs, ou des secrets scientifiques. » Un sujet hypnotisé pourra réciter, mot pour mot, une tragédie qu’il n’aura entendue qu’une fois, vingt ans auparavant ; il pourra parler une langue étrangère qu’il ne connaît point, mais que connaît son hypnotiseur : jamais il ne pourra réciter un poème qu’il n’a pas entendu au moins une fois, ni parler une langue ignorée et de lui et de l’hypnotiseur. En outre, la suggestion hypnotique, dans la plupart des cas, ne supprime la volonté du sujet qu’après que celui-ci a consenti à cette suppression. Pour qu’elle agisse, il faut d’abord qu’elle ait été « acceptée ; » et il est bien rare qu’un sujet hypnotisé accomplisse des actes qui répugnent très profondément à sa conscience morale.

L’hypnotisme, suivant M. Lapponi, n’est qu’un prolongement extrême de la propriété que nous avons tous, dans l’état normal, de modifier l’intelligence et la volonté de nos semblables, au moyen du raisonnement et de la persuasion. Mais c’est un prolongement qui a toujours quelque chose de morbide. « A notre avis, l’hypnotisme ne saurait coexister avec une véritable condition de santé. Il est sûr que l’on rencontre sans cesse des individus qui, tout en paraissant se bien porter, sont susceptibles de phénomènes hypnotiques : mais nous croyons que ceux-là mêmes ne se portent bien qu’en apparence, ou du moins que, avant de céder à l’influence hypnotique, ils tombent en proie à un désordre, nutritif ou circulatoire, des centres nerveux ; soit que ce désordre se produise spontanément, ou qu’il soit provoqué d’une façon artificielle que nous ignorons. »

Cette définition de l’hypnotisme suffît à nous faire comprendre ses dangers. « Au point de vue social, l’hypnotisme est dangereux non seulement parce qu’il multiplie le nombre des névropathes, mais parce que l’on peut en user et en abuser au détriment des intérêts de l’individu et de la société. » Assurément, comme nous l’avons vu tout à l’heure, l’influence hypnotique suppose une acceptation du sujet : mais, en fait, cette acceptation a bien des chances de se produire, chez un sujet dont on a déjà, peu à peu, engourdi la conscience et la volonté : sans compter que, trop souvent, la conscience ne trouve rien à opposera la suggestion d’actes que, cependant, dans l’état normal, la crainte ou l’inertie l’empêcheraient de commettre. « Au point de vue individuel, l’hypnotisme, d’une façon générale, est funeste pour la santé physique et pour le bien-être