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Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 33.djvu/896

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armé des batteries dans la haute ville et sur le port, barré la rivière Saint-Charles, et disposé le camp au-delà de celle-ci, jusqu’à la rivière Montmorency ; quant à la face arrière de Québec, sur le plateau d’Abraham, on s’en était à peine occupé, car on considérait comme impossible l’escalade des falaises qui tombent de là sur le fleuve. Donc, Québec attendait certainement l’approche des Anglais, mais nul ne pouvait croire que Wolfe remonterait si facilement ; tous les officiers étaient d’avis que le Saint-Laurent n’est praticable qu’à des navires conduits par des pilotes du pays et l’on ne pensait pas, les côtes' ayant envoyé tous leurs hommes valides sur Québec, que les Anglais pussent en découvrir : « Ce chenal, dit un document anglais contemporain du siège, peut être justement regardé comme le meilleur ouvrage extérieur de Québec. » Or les Anglais, sur le point d’entrer dans l’estuaire, se saisirent d’un bateau français, arrière-garde d’un convoi qui les avait heureusement devancés ; ils trouvèrent à bord une collection de cartes du fleuve. Le 25 juin, sans un seul accident, la flotte de Wolfe mouillait à la pointe de l’île d’Orléans ; elle portait, sous les ordres du général en chef, les trois brigades de Townsend, de Monkton et de Murray ; avec les matelots de l’amiral Saunders, et les renforts reçus à diverses reprises par le fleuve, de Boston et de New-York, on peut estimer à 25 000 hommes les forces anglaises envoyées contre Québec.

Wolfe s’aperçut bien vite que le siège serait long et pénible ; dès le 30 juin, maître de l’Ile d’Orléans et de la rive droite du fleuve, il fit hisser de l’artillerie sur celle-ci, et commença à bombarder la ville ; plus tard, il tenta de forcer le passage de la rivière Montmorency, mais sans succès ; le 31 juillet, un débarquement en masse sur la côte de Beauport fut aussi repoussé avec pertes. Tout le mois d’août se passa alors en escarmouches inutiles ; Wolfe, malade, s’abandonne au découragement, ses brigadiers lui soumettent un plan nouveau qu’il discute avec mauvaise humeur ; brusquement enfin, s’inspirant sans doute de l’idée de ses lieutenans, mais en modifiant l’exécution par une innovation décisive, il se jette avec une sorte d’ardeur morbide dans l’aventure infiniment périlleuse où son armée trouve la victoire et lui la mort.

Les onze semaines du siège furent, pour les deux armées en présence, une période d’angoisses, ou plutôt d’énervement. Dans Québec, on manquait de tout : « Je suis persuadé, écrivait