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Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 33.djvu/895

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Québec est bâtie, en effet, sur un promontoire de la rive gauche du Saint-Laurent, enfoncé comme un coin entre le grand fleuve et la rivière Saint Charles ; la falaise de ce promontoire tombe en chute brusque, d’une centaine de mètres, sur des plages étroites que découvre la marée ; en face de la ville, au-delà du fleuve est posé sur des hauteurs semblables le village aujourd’hui appelé Lévis ; le Saint-Laurent coule, assez rapide, entre ces deux murailles sombres ; vers le Nord, en aval, il s’enroule autour des belles prairies de l’île d’Orléans, tandis que sur sa gauche, après le confluent de la rivière Saint-Charles, il borde d’un peu plus loin des escarpemens coupés de vallées ravinées ; la partie la plus basse des côtes est cultivée, les hauteurs sont encore couvertes de bois, à travers lesquels se pressent de jolies rivières à cascades ; la côte de Beauport, la première au-dessous de Québec, s’arrête à la rivière Montmorency, qu’un saut de 100 mètres précipite en nappe d’écume au niveau du fleuve.

En amont, vers le sud-ouest, le relief général s’écrase de plus en plus ; le Saint-Laurent déroule sa vallée, encore inachevée, sur les marches d’un escalier géant, dont les Grands Lacs occupent les étages supérieurs ; aussi la navigation n’est-elle pas sans dangers : c’est un jeu, aujourd’hui, sur les vapeurs somptueux des compagnies fluviales, de « sauter les rapides ; » au temps de Frontenac, voire de Montcalm, des barques seules affrontaient ces eaux tumultueuses, de Québec à Montréal. Quant à la partie maritime du fleuve, elle n’offre pas encore toute la sécurité désirable ; les assureurs maritimes sont plus exigeans pour Québec que pour New-York, et M. Tarte, l’un des anciens collègues du Premier canadien actuel, sir Wilfrid Laurier, avait naguère entrepris une campagne et fait commencer des travaux encore en cours pour l’aménagement régulier du bas Saint-Laurent. Pour juger de la valeur militaire de la place forte qu’allait attaquer Wolfe, il suffit de se placer sur l’admirable terrasse Dufferin, qui borde la falaise de la ville haute, à quelques pas précisément du monument commun élevé à la mémoire de Wolfe et de Montcalm.

La première chance de la flotte anglaise fut d’arriver sans encombre, par le Saint-Laurent, jusque devant Québec ; dès la fin de mai, Montcalm et Vaudreuil étaient descendus de Montréal et avaient hâtivement organisé la défense ; beaucoup de femmes, de vieillards, d’enfans, avaient été envoyés dans l’intérieur ; on avait