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relations entre l’Europe et les sauvages, les fournisseurs des pelleteries, qu’exportait le Canada, et les marchands de ces alcools, qui empoisonnaient les indigènes et stérilisaient parmi eux, disaient les missionnaires, tous les efforts de la propagande chrétienne. Depuis les deux gouvernemens de Frontenac (1672-1682 ; 1689-1698) et les découvertes de La Salle, du Lhut et consorts, des forts avaient été construits, en des points bien choisis de la région des Grands Lacs, autour desquels rayonnait l’influence française : c’étaient le fort Frontenac, sur le lac Ontario (aujourd’hui Kingston), le fort Duquesne, sur l’Ohio, devenu Pittsbourg ; d’autres encore à Michillimackinac, sur les bords du Saut Sainte-Marie, et jusque sur les rives occidentales des Lacs Supérieur et Michigan, laissant deviner la grandeur future de Port-Arthur et de Chicago. En 1744, La Vérandrye et ses deux fils, s’enfonçant toujours plus loin, vers l’Ouest, avaient atteint les Montagnes Rocheuses. D’autre part, des communications régulières étaient assurées, par les vallées de l’Ohio et de l’Illinois, entre le Canada et les pays du Mississipi, vaste possession française alors désignée sous le nom commun de Louisiane.

Quelques districts agricoles sur le bas Saint-Laurent, de minces lignes de postes partant de là vers l’ouest et le sud-ouest, tel était alors le Canada français, dispersé sur une étendue immense et sans proportion avec le chiffre de ses habitans. A côté de lui avaient grandi les colonies de la Nouvelle Angleterre, beaucoup plus compactes et plus peuplées, et qui lui disputaient la suzeraineté des tribus iroquoises ; dès la fin du XVIIe siècle, les Américains avaient attaqué directement le Canada ; l’amiral bostonnais Phips était venu par le Saint-Laurent, en 1690, mettre le siège devant Québec, qui l’avait repoussé ; mais par l’intérieur, en avançant de proche en proche, les Américains dessinaient un mouvement de progrès incessant vers les établissemens français ; ils avaient fondé un poste sur le lac Ontario, en face du fort Frontenac ; ils en avaient d’autres sur la route qui, par les vallées de l’Hudson et du lac Champlain, conduit de New-York sur Montréal et Trois-Rivières. Inquiétés par leurs menaces perpétuelles, les Canadiens n’avaient cependant fortifié que Québec, où la nature avait fait largement les premiers frais, puis palissade Montréal après un terrible incendie qui consuma presque toute la ville, en 1721. Mais ils comptaient beaucoup sur l’île Royale, qui commande l’entrée du Saint-Laurent, et où une citadelle,