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autre question, et je n’y répondrai point aujourd’hui. Souffrez donc que je vous raconte, sans autres disgressions, le mariage du beau-frère de Naranyassamy.

C’est maintenant dans le centre de la cour un va et vient continuel. Sans cesse les époux changent de place. Ils se lèvent, se rasseyent, marchent, puis regagnent leurs sièges. La mariée, les yeux toujours clos, se laisse conduire par sa parente. Voici que le mari passe autour du cou de sa femme le taly, corde tressée d’or et d’argent. Cette partie de la cérémonie est, de toutes, la plus importante. On la nomme Mangalyadaranam, et son accomplissement rend l’union indissoluble. Le taly au cou d’une femme indique qu’elle est mariée, qu’elle appartient à son époux, et cela pour toujours, car une veuve ne peut jamais contracter un second mariage. Aussi, dans les basses castes, où l’on supprime, par économie, la plupart des rites, le Mangalyadaranam demeure-t-il la seule formalité que l’on ne puisse se dispenser de remplir.

Le taly est un vieux signe de servitude. Aussi bien la femme que je vois s’inclinera la mine d’une captive. Elle va, lourdement, exagérant son allure pesante, entravée d’or, les bras toujours collés au corps, les mains ramenées horizontalement en avant, les paupières baissées, comme si elle voulait mieux prouver son obéissance aveugle et son complet abandon. Penchée en avant, molle, résignée, timide, elle s’avance dans une démarche de somnambule. Le mari observe une pareille réserve. Ses pas sont comptés, ses gestes ont quelque chose d’automatique.

En revanche, autour du couple, chacun jacasse, s’agite sur place, même les femmes qui causent à voix basse et sourient doucement. La chaleur, étouffante, va toujours s’augmentant sous le pandal où se condensent les vapeurs des lampes. Tout vibre dans une atmosphère bleuâtre où montent les fumées de l’encens, des gommes, des baguettes incandescentes sous leur chapeau de cendres blanches, et par-dessus tout le parfum entêtant des fleurs. Et cela sans que les mouches cessent de s’abattre par essaims sur les offrandes, et les moustiques de sussurer leur énervante chanson.

Les mariés se sont rassis. On leur a mis dans la main un joyau d’orfèvrerie en façon de bouquet. Puis on les recouvre du giron jusqu’aux pieds d’une vaste pièce de lin blanc, et on apporte un gros vase, pannelle de bronze aux flancs rebondis, pleine de riz sec. Tous les hommes se lèvent et, à la file, chacun vient puiser dans