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Les questions de nationalité et de race achevaient de multiplier les groupes et d’augmenter les divisions. Par suite de sa politique d’unification et de russification à outrance, en Finlande, dont la constitution était supprimée (1899), en Pologne, au Caucase, l’autocratie était entourée d’un cercle de malédictions. Les persécutés sympathisaient avec les tendances extrêmes. De nombreux groupes socialistes s’organisèrent chez les Arméniens, les Finlandais, les Lithuaniens, les Polonais, dès 1894, deux ans après la grande grève de Lodz. Le Bound juif qui ne voulait consentir à rester dans le parti que sous forme fédérative, en gardant son autonomie, se mit, au Congrès de 1903, à la tête des dissidens.

Les juifs, si actifs et si répandus dans le socialisme international, fournissent, en Russie, au mouvement révolutionnaire un appoint considérable. Le tsarisme ne compte pas de plus dangereux ennemis, et on ne peut méconnaître que le gouvernement doit être rendu, en une grande mesure, responsable de cette haine sauvage des masses juives confinées et resserrées dans les provinces du sud et de l’ouest. Les juifs possèdent, en Russie, toute liberté pour leur religion et pour leurs écoles. Depuis les troubles de 1881, ils ont été soumis à des vexations sans nombre, voire à des massacres périodiques, dont le plus atroce fut celui de Kichinief (1903), sous l’œil bienveillant de la police. Les prolétaires juifs qui peuplent par centaines de mille les fabriques de Pologne et de la Russie du sud, parias entre les parias, voués au double supplice de la misère et de l’abjection qui commence à leur naissance et finit à leur mort, n’ont rien à perdre et ont tout à gagner au renversement de l’ordre établi. Les intellectuels marxistes, fixés dans la zone, n’éprouvèrent aucune peine à les enrôler sous le drapeau de la révolution sociale.

Vilna, la Jérusalem russe, fut le premier foyer de cette