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Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 33.djvu/777

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l’intermédiaire de Herzen, après avoir fondé une section russe de l’Internationale, préparait un soulèvement. Il enjoignait à ses adeptes de s’unir aux brigands, aux voleurs, qui sont les vrais révolutionnaires, d’égorger les nobles, les fonctionnaires, les prêtres, les usuriers, de plonger la Russie dans l’anarchie et le chaos qu’elle saurait bien débrouiller ensuite. L’assassinat, sur l’ordre de Nelchaïef, d’un des conjurés, Ivanof, révéla le complot. Le procès des quatre-vingt-quatre inculpés fit connaître les idées follement subversives qu’un enseignement mal compris des sciences positives répandait parmi la jeunesse. Le ministre de l’Instruction publique, le comte Dimitri Tolstoï, résolut d’y mettre ordre par un retour aux études classiques, malgré le mécontentement des étudians.

A la fin des années soixante le mouvement nihiliste semble épuisé. Des écrivains chers à cette jeune génération, Pissaref et Dobrolioubof sont morts : Tchernychevski est exilé. Tout est rentré dans l’ordre. On se flatte de ramener la jeunesse vers de meilleurs sentiers.


V. — LES POPULISTES

La réforme du comte Tolstoï eut un effet tout contraire à celui qu’on en attendait : elle mettait les révolutionnaires en contact plus direct et plus étroit avec les socialistes de l’Occident. Ne recevant plus dans leur pays le genre d’instruction qui leur plaisait, jeunes gens et jeunes filles résolurent d’aller étudier à l’étranger. Les étudiantes ne pouvaient quitter la Russie sans le consentement de leurs parens. Elles imaginèrent de recourir à des mariages fictifs. Lorsque le camarade choisi pour époux se montrait récalcitrant, quelques-unes de ces amazones lui mettaient, dit-on, le pistolet sous la gorge. Ces mariages platoniques se terminèrent la plupart du temps par des unions réelles, plus ou moins heureuses, selon la loi commune.

Zurich, au commencement des années 1870, formait le centre de cette émigration volontaire composée d’une centaine d’étudians et d’étudiantes, inscrits principalement à la Faculté de médecine. Jeunes filles en cheveux courts et en chapeaux ronds, jeunes gens