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Cortès, ne pourrait avoir qu’une durée éphémère, et serait exposé à plus de dangers encore que de mécomptes. Son père savait trop ce qu’il en coûtait à sa fortune personnelle pour soutenir son fils Charles en Roumanie et ne se souciait pas d’ajouter à ce sacrifice d’autres charges encore plus onéreuses. Dans cette conviction, le Roi s’abstiendrait certainement de lui donner le conseil d’acquiescer au vote des Cortès. » Benedetti ne put en obtenir l’assurance que le Roi était irrévocablement décidé à recommander l’abstention au prince. « En tous cas, fit Benedetti, le prince Léopold ne pourrait déférer au vœu des Cortès qu’avec l’assentiment du roi. Sa Majesté aurait donc à dicter au prince sa conduite. » Bismarck (et le fait est de première importance) ne contesta point l’autorité que Benedetti attribuait au roi de Prusse sur les Hohenzollern. Il resta dans les généralités et n’engagea en rien les intentions de son maître. Il eût été naturel que l’ambassadeur, dans des formes qui n’auraient rien eu de blessant, insistât et représentât que, malgré tout son désir de rester en bons termes avec la Prusse, l’Empereur, le voulût-il, ne pourrait supporter l’intronisation d’un Prussien eu Espagne. Il n’en fit rien et lui, d’ordinaire si loquace, resta bouche close. Cependant il sentit qu’il n’avait pas tout à fait exécuté ses instructions, et qu’il y avait plus à dire : a Si je n’avais craint d’excéder la mesure qu’il peut convenir au gouvernement de l’Empereur de garder dans une affaire si délicate, écrit-il à La Valette, j’aurais mis M. de Bismarck en demeure de s’énoncer plus clairement ; mais j’ai pensé que je devais prendre vos ordres avant de me montrer plus pressant [1]. »

Ces ordres ne vinrent pas : le ministre, plus encore que l’ambassadeur, craignait de se donner l’air de chercher une querelle en demandant des explications sur un fait qui ne se présentait pas avec un caractère d’imminence positive. Il répondit à Benedetti : « Dans l’entretien que vous avez eu avec M. de Bismarck, vous avez pu, sans apparence de préméditation, porter la conversation sur les affaires d’Espagne et sur les bruits relatifs à la candidature du prince de Hohenzollern. Que le gouvernement prussien désire favoriser cette candidature, ou qu’il veuille simplement donner à croire qu’elle peut devenir sérieuse, M. de Bismarck ne l’a pas repoussé, et il s’est exprimé dans des termes, pour le moins

  1. 11 mai 1869.