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Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 33.djvu/751

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certaine de la paix ! Ainsi, la porte de derrière est découverte. Que la lettre de Clarendon n’ait été écrite que pour vous, cela ressort de sa conclusion. » Bismarck se servit de l’Espagne pour relever ce casus belli éventuel, discrètement, de façon que sa réponse ne lut entendue que de celui qui l’avait formulé. La session du Reichstag s’ouvrait le 4 novembre ; dans le discours du Roi, il fit introduire la phrase suivante : « Les événemens qui ont eu lieu dans la Péninsule ne nous inspirent d’autres sentimens que le vœu et la confiance que la nation espagnole réussira à trouver, dans une situation indépendante, la garantie de sa prospérité et de sa puissance. » — « Cette phrase a causé ici une surprise extrême, écrit Lefebvre de Béhaine, elle est généralement attribuée à l’initiative de M. de Bismarck. » La surprise eût été bien plus vive si l’on avait su que c’était la réponse au casus belli de Napoléon III, et qu’elle signifiait : « Quand il nous conviendra de passer le Mein, nous exercerons nous-mêmes la liberté que nous revendiquons au profit des Espagnols et nous ne nous arrêterons pas devant vos prohibitions. » Quelques jours après, la Gazette provinciale, journal officiel de Bismarck, s’expliquait plus clairement encore : « La Confédération du Nord doit reconnaître au peuple espagnol, pour le règlement de ses affaires intérieures, la même indépendance que le peuple allemand entend avoir pour lui-même. » — « Ce langage a été assez remarqué, » écrit encore Lefebvre de Béhaine.


X

Un soulèvement n’avait pas tardé à se produire dans la ville même où la Révolution commença, Cadix. Les miliciens ne consentirent pas à être désarmés et les ouvriers des ateliers nationaux ne voulurent pas accepter une réduction de salaire. Ils attaquèrent les troupes, mirent en liberté les forçats et arrêtèrent les consuls des puissances comme otages. Les troupes tinrent ferme, vigoureusement conduites par le général Caballeros qui appartenait cependant à l’opinion républicaine. Les insurgés, aux abois, furent admis, sur la demande des consuls qu’ils avaient retenus en otages, à capituler sans être passés par les armes (5-13 décembre). Quelques troubles également furent réprimés à Saragosse,