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peut-être plus la même lorsqu’on lira ces lignes qu’au moment où nous les écrivons. On annonce que le gouvernement prépare sa réponse à l’adresse : que sera cette réponse ? Il ne faut pas s’attendre à ce qu’elle donne tout de suite pleine et entière satisfaction à la Douma ; il ne faut même pas le désirer. La vie politique est faite de concessions mutuelles. Mais si le gouvernement oppose à la Douma un non possumus absolu sur les points essentiels, il commettra une grande faute. Peut-il refuser l’amnistie ? Tout le pays serait contre lui. Peut-il s’opposer à la réforme agraire ? Les paysans cesseraient du coup de voir dans l’Empereur un demi-dieu libérateur, et mettraient désormais dans la Douma, qu’ils ne connaissaient pas hier et dont ils se défiaient, la confiance, l’espérance mystique qu’ils avaient placées en lui. Le parti constitutionnel serait affaibli, le parti révolutionnaire fortifié.

Si le gouvernement conteste à la Douma le pouvoir constituant, il lui reconnaît non seulement le pouvoir législatif, mais encore le droit de contrôle sur les actes de l’administration. Une première interpellation a été déposée : elle est signée de trente membres, comme le veut le règlement, et demande au ministère quelles mesures il compte prendre contre les excitations venues, sur certains points du territoire, de la gendarmerie et de la police en vue de faire massacrer les intellectuels et les allogènes. On sait que la Terreur blanche sévit dans plusieurs parties de la Russie, et qu’elle y a déjà fait couler beaucoup de sang. Un député, M. Stakhovitch, ayant proposé une rédaction plus modérée, sa motion a été rejetée et l’assemblée a fait sienne l’interpellation sous sa forme première. Le ministre de l’intérieur étant absent, M. Schwanebach, contrôleur de l’Empire, a fait la déclaration suivante : « J’ai l’honneur d’informer la Douma impériale que le ministre de l’intérieur qui était ici il y a un moment pour assister à la lecture de l’avis de l’interpellation, a dû quitter la Chambre. C’est mon devoir de déclarer en son nom que l’information désirée sera donnée à la Douma dans la limite de temps spécifiée, (c’est-à-dire dans les délais réglementaires.) Personnellement, je ne puis ni affirmer, ni démentir les accusations que contient l’interpellation. » Qui ne sent l’importance du droit nouveau qu’exerce ici la Douma ! Que d’abus auront de la peine à vivre lorsqu’une voix indépendante pourra les dénoncer dans une assemblée que le pays écoute et entend ! Quel changement ! Quelle révolution ! Quand même la Douma n’aurait pas d’autre droit que celui d’interpeler le gouvernement, quels services ne peut-elle pas rendre ! Quel intérêt n’y a-t-il pas à ce qu’elle vive ! Ici encore, c’est un monde qui s’en va et un autre qui vient ; mais,