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affirmation nouvelle de la République, et on avait réussi à lui faire croire que la République était en danger ! On y réussira de nouveau demain, si on veut s’en donner la peine. Le procédé est facile, efficace, rémunérateur : on n’a probablement pas encore atteint les limites de la crédulité publique. Il suffit de montrer au pays des conspirateurs d’opéra-comique, ou de lui répéter sur un ton d’épouvante le vieux mot : « Le cléricalisme, voilà l’ennemi ! » pour que le bloc s’y reforme en bataillon carré. Mais aussi, bien légers et bien maladroits sont ceux qui fournissent des apparences et des prétextes à des manipulateurs sans scrupules !

Quelque triste que soit le présent, il ne faut pas désespérer de l’avenir : et pourtant nous serions tenté de le faire si les partis d’opposition ne profitaient pas de la nouvelle leçon qu’ils viennent de recevoir. Politiquement, religieusement, économiquement, socialement, ils ne peuvent se défendre que sur le terrain de la liberté. Il faut renoncer à des préférences et à des espérances qui, après avoir été si souvent déçues, viennent de l’être une fois de plus. Les anciennes formes constitutionnelles sont mortes et ne ressusciteront pas. Dans la République elle-même, des transformations se sont produites sur lesquelles on ne reviendra jamais complètement. Prenons-en notre parti. Nous assistons à la disparition d’un vieux monde et à l’avènement d’un nouveau qui, à notre avis, vaut moins que l’ancien. Nous nous en accommoderons toutefois, si les libertés qu’on peut actuellement qualifier de nécessaires y sont respectées. La première est la liberté religieuse dans toutes ses manifestations. Les radicaux-socialistes et les socialistes eux-mêmes répètent assez volontiers qu’ils n’ont l’intention d’y porter aucune atteinte, et il y a sans doute dans leurs déclarations une part de sincérité. Ils les ont faites devant le pays, afin d’être réélus. Des professions de foi si récentes les engagent en quelque mesure et pour un certain temps. Mais ce sont là des circonstances fugitives : les passions de demain peuvent les modifier, et il faut peu de chose pour exciter ces passions et les déchaîner. Le moment actuel est le plus propre peut-être à établir un modus vivendi tolérable : qui sait si on le retrouvera jamais ? Quant aux réformes sociales et fiscales dont nous sommes menacés, les principales sont sans doute les retraites ouvrières et l’impôt sur le revenu. Nous n’y échapperons pas, et les libéraux, à la Chambre, devront consacrer leurs efforts à ce qu’elles soient faites dans les conditions les meilleures, ou les moins mauvaises possibles. Leur principe devra être celui du moindre mal. Ce sont là des vues d’avenir. Le lendemain des élections, nous ne pouvons qu’en constater le caractère franchement radical et socialiste. Depuis huit ans