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Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 33.djvu/714

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diront-ils, sont frappées d’un vice congénital lorsqu’elles sont faites dans les limites étroites du régime capitaliste. Attitude commode qui leur permettra de profiter du présent, tout en jetant sur lui le discrédit et en promettant le paradis terrestre dans un avenir prochain. Mais ils ne se sépareront pas du bloc, ils n’abandonneront pas, ils ne lâcheront pas les radicaux, et nous verrons revivre, sous la forme que nous lui avons connue, la politique odieuse que le pays vient d’approuver et de consacrer. Tels sont, si on se dégage de toutes les illusions, les pronostics qu’on peut faire pour la législature qui va s’ouvrir. Elle sera caractérisée par des aventures sociales et des aventures fiscales. Ce sont là des perspectives assez sombres ; mais nos yeux doivent s’y accoutumer.

Après avoir regardé du côté des vainqueurs, regardons du côté des vaincus. Les progressistes ont sérieusement souffert des élections du 6 et du 20 mai. Ils avaient perdu, au premier tour, MM. Renault-Morliére et Motte, ils ont perdu au second M. Adrien de Montebello, et ces pertes sont insuffisamment compensées par les gains d’ailleurs assez rares qu’ils ont faits sur d’autres points du territoire. La disparition de ces hommes de cœur et de talent est de celles qui se font sentir, non seulement dans un parti, mais dans une assemblée. Les discussions politiques se ressentiront de l’absence de M. Renault-Morlière, les discussions économiques et sociales de celle de M. Motte, les discussions militaires de celle de M. de Montebello. Les progressistes reviennent donc diminués. Le pays ne leur a pas tenu compte de la fermeté, du courage, de l’éloquence avec lesquels ils ont combattu pour la tolérance et pour la liberté : il aura sans doute à s’en repentir bientôt.

Un autre parti s’était formé, beaucoup plus dans le pays que dans la Chambre, sous le drapeau de l’Action libérale. Il était composé de nouveaux-venus à la République et de quelques républicains de plus vieille date que les excès de la politique jacobine avaient plus particulièrement alarmés. On pouvait compter, certes ! sur le loyalisme, nous allions dire sur la loyauté de ces hommes d’honneur ; mais la confiance est un sentiment qui ne se commande pas, et il faut bien avouer que le pays ne l’a pas éprouvée pour les candidats de l’Action libérale. Les questions religieuses sont venues compliquer la situation au lieu de la simplifier. L’incertitude où on était au sujet de l’attitude que prendraient ultérieurement les catholiques à l’égard de la loi de séparation maintenait le trouble dans les esprits. Pour parler en toute franchise, le pays ne regardait pas sans défiance des hommes qui ne pouvaient pas dire ce qu’ils feraient demain, puisqu’ils ne le savaient pas encore et que