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sur laquelle on n’est pas près de s’entendre que la question de savoir si Sèvres est à la tête ou à la remorque du mouvement céramique moderne. Ses adversaires lui reprochent d’être toujours en retard, non seulement sur les manufactures des autres pays, mais encore sur les artistes isolés, qui, sans disposer de ses formidables ressources, travaillent à des œuvres semblables. Les défenseurs de Sèvres prétendent, qu’au contraire, notre manufacture nationale, par où ont passé la plupart de nos maîtres céramistes, a été l’initiatrice en tout. Et les uns et les autres ont raison. Seulement ils ne parlent pas de la même chose. Les uns parlent chimie, et les autres art. Et s’il est vrai que Sèvres fut toujours à la tête des découvertes chimiques, il ne l’est pas moins qu’il fallut toujours des étrangers ou des artistes nationaux travaillant hors de ses ateliers pour lui apprendre à s’en servir. Ainsi, notre manufacture nationale, capable de créer des merveilles, ressemble un peu à une fée au bois dormant. De temps en temps, on crie si fort qu’elle se réveille, comme elle le fit pour l’Exposition de 1900, et qu’elle étonne tout le monde par ses prodiges. Puis elle se rendort de son long sommeil. Cette année elle dort, et elle n’étonne personne. Mais on ne peut nier que ses vases a couverte de grand feu, avec décor bleu, par M. Lasserre, que ses grands vases signés de M. Bieuville, que le vase aux cristallisations dont M. Brandt a fait la monture, soient de très beaux objets d’art. Et la foule a des joies infinies à contempler le biscuit exposé au haut du grand escalier, et où M. Max Blondat a figuré les Enfans aux grenouilles. Ce sont trois petits enfans, juchés au sommet d’une grotte et enlacés, regardant, à leurs pieds, trois petites grenouilles enlacées qui les regardent. Ces six paires d’yeux attentifs et stupéfaits animent ce groupe de la façon la plus spirituelle. Qu’est-ce que ces grenouilles aux gros yeux saillans peuvent voir et quelle idée peuvent-elles se faire de ces enfans ? Quelles idées peuvent passer par ces têtes d’enfans devant le mystère de l’âme animale ? Et enfin, que voient au juste les yeux de la foule, fixés sur ces yeux d’enfans, fixés sur ces yeux de grenouilles ? — les uns vaguement amusés, les autres vaguement effrayés, les derniers enfin vaguement touchés par ce singulier spectacle…

A mesure qu’on avance sur les balcons, autour du hall, on découvre de nouvelles merveilles : les poteries de M. Emile Decœur, d’Auteuil, les reliures de M. Aumaître, les lustres métalliques de M. Marins Fourmont, de Tours, les pâtes de verre de M. Decorchemont, dont l’une, au moins, le verre aux algues, violacé sur