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Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 33.djvu/698

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seulement de la branche d’arbre qui lui sert de bâton, sans rien qui marque une intention, ni qui suggère une anecdote, elle ne doit qu’à sa structure et à son geste le caractère saisissant de force et de jeunesse qui la fait régner sur le troupeau monotone des marbres et des plâtres épars dans les ombrages et parmi les prairies des Champs-Elysées.


II

Ainsi marqué magnifiquement dans la statuaire, c’est dans les quatre panneaux de M. René Ménard et de M. Henri Martin, — destinés les premiers à la Sorbonne, les autres au Capitole de Toulouse, — que triomphe surtout le vrai sentiment décoratif.

De quoi est fait ce sentiment, c’est ce que permet d’indiquer l’observation même rapide des conditions qui l’inspirent. Elles ne sont pas du tout les mêmes, selon qu’il s’agit d’une décoration murale ou d’un tableau de chevalet. L’artiste, qui fait un tableau, part d’un sujet à reproduire ou d’une impression à réaliser. L’artiste qui fait un panneau décoratif part d’un espace à remplir. Le premier décide la forme, les dimensions et les effets de son tableau d’après le sujet ou l’impression. Il crée pour cela l’espace nécessaire. Le second se trouve en face de formes et de dimensions données : d’après elles il décide le sujet, l’effet, la composition, la couleur. La raison d’être d’un panneau, dans l’art pur, c’est un sujet. La raison d’être d’un sujet, en art décoratif, c’est un panneau. S’il n’a pas un sujet à traiter, l’artiste n’a point l’idée de faire tendre la toile ou assembler les panneaux, car ce substratum réduit à lui-même ne peut servir de rien. Tandis que sans aucune peinture, un mur existe, il sert à quelque chose, il est même indispensable : de même un plafond, des portes, des fenêtres, une baie vitrée, des rideaux. Ils n’ont point été faits principalement pour recevoir les décorations du peintre, du verrier, du tapissier ou du stucateur. Il y a donc, dès l’abord, une différence très précise entre l’art décoratif et l’art tout court. Celui-ci crée l’objet sur lequel il se déploie. Celui-là décore un objet qui, sans lui, est créé déjà et déjà remplit le même but.

Cet objet, s’il s’agit de peinture, est d’ordinaire un mur. Et