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Roche, Drewes Kofoed, Decœur, où, des matières les plus communes, d’un peu de terre, d’un peu de plomb, d’un peu de fer, de quelques poussières également ternes et grises, l’âme de l’artiste et le feu ont fait des trésors minuscules pour la main et d’infinis enchantemens pour les yeux. Au passant attristé par le défilé incohérent et monotone des toiles, nous demanderons de ne pas juger du présent ni de l’avenir, avant d’avoir longuement fait le tour de ces petits îlots de cristal : les vitrines. Quand il l’aura fait, il sera plus heureux et plus juste. Il connaîtra que, sur un point, au moins, la France maintient son prestige. Et il se félicitera que les Salons, à la fin du XIXe siècle, aient ouvert leurs portes à ce tard venu, à ce frère mineur des beaux-arts si longtemps demeuré sur le seuil, à l’art décoratif accueilli par charité. C’est lui qui sauve, aux Salons de 1906, la vie et l’honneur de l’art français.


I

Ces Salons ne modifient pas la courbe qu’on serait tenté de tracer pour figurer l’évolution de l’art depuis une dizaine d’années. Sur tous les points les artistes s’y montrent indifférens aux mêmes choses, préoccupés des mêmes idées, attachés aux mêmes formules. Il n’y a pas, dans les deux Salons, une seule bonne peinture religieuse et, dans tout le Salon de l’avenue d’Antin, il n’y en a même pas un essai. Il n’y a pas davantage, dans aucun des deux, un bon tableau de batailles, et, avenue d’Antin, nul ne l’a même tenté. Aucun grand fait de l’histoire contemporaine, aucune fête publique, aucune solennité de la guerre, ni de la paix, n’a inspiré un grand artiste. Il semblerait qu’il ne s’est rien passé encore au XXe siècle qui soit digne d’être commémoré. Les grands drames déroulés pendant si longtemps à la pointe de l’Afrique ou au nord de l’Asie n’ont pas éveillé la moindre curiosité dans les meilleurs ateliers dont voici les œuvres. Ils n’ont ébranlé aucune grande imagination.

En même temps, les créations artificielles connues sous le nom de Symbolisme ont tout à fait disparu. Autant qu’à l’intimité de leurs sujets, les peintres tiennent à la réalité de leurs figures. L’étude attentive des spectacles silencieux et des effets rares, mais