Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 33.djvu/685

Cette page n’a pas encore été corrigée


commanda les divers exercices avec une précision remarquable. Dès que les hommes furent suffisamment instruits, qu’ils connurent le maniement du chassepot, surent passer de la marche de flanc à la marche en bataille, pratiquer un peu l’école des tirailleurs, on entra en campagne. Elle partagea les travaux et les dangers de sa compagnie, ne mangeant qu’après avoir assuré la subsistance de ses hommes, partout aimée, estimée, honorée, et prit part à différens engagemens où nos mobiles et nos francs-tireurs, qui voyaient le feu pour la première fois, se battirent honorablement contre des Allemands infiniment supérieurs en nombre.

Le général Ambert, dans ses récits militaires [1], fait d’elle le plus grand éloge : « Une femme, sous-lieutenant de la compagnie de Lamarche, Mlle Lix, dont toute l’armée a admiré le courage et le dévouement, applique un premier pansement sur la blessure du pauvre S… (brigade du général Dupré) [2]. »

« Le commandant Perrin, qui dans cette journée commandait la troisième colonne de gauche, s’exprime ainsi : On commença par engager les francs-tireurs de Neuilly, de Lamarche et du Jura dans la forêt de Saint-Benoît. Le commandant signala la courageuse conduite de la receveuse des postes, Mlle Lix, lieutenant de francs-tireurs de Lamarche. Elle faisait intrépidement le coup de feu. Sans mon intervention, elle aurait brûlé la cervelle à un officier du 32e qu’elle avait vu se cacher dans un trou [3]. »

Dans une autre occasion, son sang-froid fut remarquable. C’était à Langres. Les Prussiens, ivres de fureur et de haine, se rendirent un jour à l’ambulance et couchèrent en joue les blessés, puis les menacèrent de leurs baïonnettes en criant : « A mort les francs-tireurs ! » Le principal du collège intervint pour empêcher cette infamie, mais sans grand résultat. Tony Lix alors s’avance et d’une voix ferme les apostrophe en langue allemande, les menaçant sans doute de représailles comme l’avait fait, auprès du général de Werder, l’éminent colonel Bourras, au nom des deux mille francs-tireurs de l’Est. Quoi qu’il en soit, les Allemands se retirèrent sans mettre leurs menaces à exécution.

L’Industriel alsacien du 14 décembre 1870 a inséré une belle lettre d’un franc-tireur, M. Lesney, qui vit Mlle Lix à l’œuvre et

  1. Citation faite par Grenet.
  2. Page 70, t. I.
  3. Page 74, t. I.