Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 33.djvu/649

Cette page n’a pas encore été corrigée


Une héroïne contemporaine


Selon une tradition populaire, les armoiries de Strasbourg, — bande de gueule sur champ d’argent, — rappellent le souvenir du chemin sanglant tracé par les Barbares au milieu des fertiles plaines de l’Alsace.

Placée sur la grande route des invasions, avec son vieux Rhin qui, à plusieurs reprises, fut frontière extrême de l’Empire, mais plus souvent encore barrière insuffisante contre des ennemis audacieux, l’Alsace eut pour destinée de lutter perpétuellement contre les envahissemens des uns ou des autres. Plus encore que sa sœur la Lorraine, elle a été le théâtre du perpétuel combat des races : aussi, par la force même des choses, forma-t-elle un petit peuple vaillant et belliqueux, possédant au plus haut degré ce caractère des hommes de la frontière, pour lesquels, selon le mot de Michelet, la vie morale et la poésie consistent dans la guerre.

Là se retrouve cet « invariable usage de se faire tuer pour le pays ; » là les femmes, « veuves et filles de soldats, savent ce que c’est que de souffrir et de mourir et n’y envoient pas moins les leurs, fortes et résignées ; au besoin elles iraient elles-mêmes. » Un héroïsme naturel, qui s’enflamme pour toutes les causes nobles et généreuses, se trouve au fond du cœur de chaque Alsacienne, la rend vibrante et enthousiaste, et la vaillante femme, dont je trace ici le portrait, incarne bien la fierté d’âme, l’esprit de foi et le courage qui distinguent les filles de l’Alsace.

Marie-Antoinette Lix, plus connue sous le prénom de Tony,