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150 à 300 fr. depuis le XVe siècle jusqu’à la Révolution.

Ces rétributions étaient, bien entendu, très variables d’une ville à l’autre et, dans la même ville, à diverses dates : à Nantes 600 fr. en 1482, 220 fr. en 1540, 130 fr. en 1580 ; à Grenoble 360 fr. en 1492, 300 fr. en 1518, 240 fr. en 1530 ; à Romorantin 115 fr. en 1501, 200 fr. en 1527, 225 fr. en 1634, 76 fr. en 1687, 380 fr. en 1737. Mais il n’apparaît, sur l’ensemble du territoire, ni diminution, ni augmentation. Sous Charles YIII le prédicateur du carême recevait 108 fr. à Amiens et 270 fr. à Orléans ; sous Louis XVI, il lui était octroyé 152 fr. à Saint-Quentin et 190 fr. à Troyes.

Il en est de même des divers traitemens ecclésiastiques : les aumôniers des rois et des princes touchaient de 2.000 à 10.000 fr., suivant le rang et la générosité de leurs patrons ; les simples chapelains de château et d’hospice avaient de 500 à 1.000 fr. L’inquisiteur de Roussillon, son adjoint et son scribe recevaient ensemble 2500 fr. au XIVe siècle. Presque toujours les appointemens en espèces étaient minimes et le clerc qui devait s’en contenter vivait pauvre. Ceux-là seuls étaient riches qui avaient part aux appointemens en nature, aux biens immenses du clergé.

De ce nombre étaient les évêques dont le revenu net, toutes charges déduites, était au XVIIIe siècle de 120.000 fr. par an, en moyenne, avec de grandes inégalités d’un diocèse à l’autre : certains ayant 400.000 fr. de rente et plus, comme Paris, Narbonne, Digne ou Albi ; d’autres 35.000 fr. seulement, comme Troyes ou Châlons-sur-Saône. Mais n’est-ce pas dérisoire de comparer un prélat du XVIIIe siècle à un évêque actuel ? N’est-ce pas un personnage quasi laïque ce M. de Marcillac, évêque de Mende, que ses chanoines a supplient de coucher en son seing la qualité d’évêque, et non pas seulement celle de comte du Gévaudan, comme il fait. » Lorsqu’il part pour les États de Languedoc avec son aumônier, ses deux valets de chambre, son maître d’hôtel, ses chefs de cuisine et d’office, leurs garçons, ses quatre laquais, son suisse et ses deux porteurs, est-il vraiment le successeur du a Révérend Père en Dieu » des premiers âges et le prédécesseur de l’évêque concordataire d’hier à 10.000 fr. par an ?

Le cas du clergé est un cas unique. Dans cette revue des traitemens dont je fais ici l’histoire, j’en ai noté de très élevés jadis qui, aux temps modernes, ont beaucoup diminué — tels les soldes