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Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 33.djvu/622

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supérieures à 5 millions de francs sont ensemble nantis d’environ 14 milliards ; chiffre inférieur seulement d’un tiers au capital des 11 millions de Français les moins fortunés.

Quels qu’aient été les progrès de l’épargne depuis un demi-siècle, il est donc évident que ceux de la richesse ont été plus grands encore et que cette richesse nouvelle a été l’apanage d’une élite. L’argent, le libre argent, s’est aggloméré, avec l’organisation industrielle du XIXe siècle, en moins de mains que ne s’étaient agglomérés la terre et les serfs avec l’organisation féodale, et que ne s’étaient même agglomérés les charges lucratives, les biens d’église et les deniers pompés sur l’Etat avec l’organisation monarchique. Seulement, ici, la richesse nouvellement conquise n’est point dérobée au peuple, ni obtenue du roi, mais bien créée, tirée du néant par la science ; et cette conquête individuelle de quelques-uns est accompagnée d’un gain collectif de tous, d’un gain vraiment social.

Le revenu du capital placé n’est en effet qu’une partie, et la moindre, des recettes générales de la nation ; les 11 milliards de salaires, de gages ouvriers et agricoles, les 3 à 4 milliards de bénéfices annuels des patentés du commerce et de l’industrie, les 2 à 3 milliards d’appointemens des fonctions publiques ou privées et d’honoraires des professions libérales, font, chaque année, une somme double certainement des 9 milliards d’intérêt que rapportent les biens mobiliers et fonciers. Et c’est l’activité des transactions, l’émulation des découvertes, la course au succès, rêvé par tous, atteint par peu, qui a simultanément enfanté l’opulence des uns et le bien-être des autres.


I

Ces riches en effet dont nous étudions l’histoire, qui sont-ils ? A qui donnerons-nous ce nom de « riche ? » La richesse est chose si relative : les seigneurs féodaux paraîtraient presque pauvres au regard de nos archi-millionnaires actuels ; nos ouvriers contemporains, appartenant aux corps d’état les mieux rétribués, eussent paru vraiment riches aux prolétaires du temps de Louis XV.

L’histoire des salaires, nous l’avons racontée dans des études précédentes avec assez de détail pour qu’il n’y ait pas lieu d’y