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XI

Au second tour de scrutin (6-7 juin), l’opposition montra partout une discipline exemplaire. Les candidats de toute nuance s’effacèrent et se reportèrent sur celui qui avait tenu la tête du scrutin, quelque opposée que leur opinion fût à la leur. Rochefort et Raspail maintinrent leurs candidatures à Paris parce que, les candidats conservateurs s’étant retirés, la lutte n’était plus qu’entre républicains. Par suite de cette concentration des forces hostiles, Thiers, Jules Favre, Garnier-Pagès l’emportèrent sur d’Alton Shee, Rochefort, Raspail et Ferry sur Cochin, à Paris, et Gambetta, à Marseille, sur Lesseps.


XII

Les blanquistes, toujours infatigables, ne voulurent pas laisser tomber l’agitation révolutionnaire commencée sur la place du Chatelet. Dans un certain nombre de villes, à Nantes, à Bordeaux, à Saint-Etienne, à Paris, des troubles sérieux, éclatèrent ; à Saint-Étienne, il y eut des grèves et, dans l’une d’elles, des mineurs de la Ricamarie embusqués jetèrent des pierres sur les troupes qui répondirent par une fusillade. Onze morts restèrent sur le terrain ; les journaux de l’opposition déclamèrent, mais les fauteurs de troubles s’enfuirent ou furent pris, le calme se rétablit et le travail recommença avec confiance. A Paris, le désordre dura une semaine. Pendant plusieurs jours, des bandes parcoururent la capitale au cri de Vive Rochefort ! Vive la République ! injuriant, assaillant ou blessant les agens de police, cassant les réverbères, dévalisant les magasins. En face du Théâtre des Variétés, une barricade fut élevée. Les émeutiers se reconnaissaient à des blouses blanches. La police réprima mollement : était-ce une application nouvelle de la tactique qui consistait à dégoûter de la liberté en tolérant ses excès ? La population ne permit pas une longue expérience : à défaut de la police qui ne paraissait pas décidée à la protéger, elle se défendit elle-même, fit la chasse aux perturbateurs, les assomma à coups