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parler librement, et tous les jours des réunions semblables à celle-ci ont lieu sur tous les points de Paris et de la France. Ce n’est qu’un commencement ? Soit. Mais le jour lui-même ne vient pas tout d’un coup, l’aube le précède. » (Applaudissemens prolongés.) J’abordai enfin le dissentiment aigu qui devait réveiller les passions assoupies de l’auditoire. C’est là que m’attendaient mes ennemis. Je m’appliquai à les dérouter par une exposition académique de principes : « Le dissentiment entre une partie de la démocratie et moi n’est pas sur la liberté elle-même, mais sur la manière de l’obtenir. Doit-elle être obtenue révolutionnairement ou constitutionnellement ? Mes adversaires pensent qu’elle ne peut être obtenue que révolutionnairement ; je pense qu’elle ne peut être obtenue que constitutionnellement. Voilà le désaccord entre nous. Je ne veux pas l’atténuer. Seulement, je voudrais vous initier au travail par lequel mon esprit est passé avant d’arriver à mes résolutions actuelles. La politique est une science expérimentale. Pendant longtemps, qu’il s’agit de politique, de philosophie, de science sociale, voici comment procédait l’esprit humain : Il formulait un principe arbitraire, et, ce principe posé, il en déduisait un certain nombre de conséquences ; et de ces conséquences il faisait des règles de conduite. L’esprit humain se conduisit ainsi jusqu’à ce que deux hommes, dont l’un se nommait Galilée, et l’autre Bacon, eussent opéré une révolution scientifique, qui a été la mère de toutes les révolutions. « Quand vous voulez, dirent-ils, établir une loi, au lieu de regarder en haut, regardez en bas ; au lieu de vous perdre dans les abstractions, expérimentez, observez, recueillez les faits, examinez-les, classez-les par groupes et déduisez-en des lois. » Descartes appliqua à la philosophie la méthode expérimentale. De nos jours, un esprit puissant, auquel je rends hommage quoique je ne sois pas de sa religion, Auguste Comte, l’a étendue aux sciences sociales. Machiavel l’a employée le premier dans l’étude de la politique. J’ai soumis à cette méthode expérimentale les faits de la politique contemporaine, et de cette étude est résultée pour moi la preuve que les procédés révolutionnaires sont aussi impuissans que les procédés constitutionnels sont efficaces. »

Je démontrai alors que c’est à l’alliance des républicains Manin, Mazzini, Garibaldi avec le roi Victor-Emmanuel que l’Italie avait dû sa récente unité. Même enseignement en Hongrie, où le mouvement révolutionnaire échoue avec Kossuth, et le mouvement