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jamais soutenu que la liberté fût une concession volontaire, une faveur octroyée ; la liberté est un droit inaliénable. Elle ne dépend pas plus des monarques que des peuples ; c’est l’apanage de tout être humain ; la volonté d’un seul ne peut pas plus contre elle que la volonté de tous. Et j’ai formellement établi qu’une nation entière fût-elle d’accord, moins un, pour refuser la liberté de conscience, par exemple, elle commettrait un attentat. (Applaudissemens.) — Seulement, la liberté, comme toute chose humaine, a ses conditions d’existence. Elles sont au nombre de deux : l’égalité, l’ordre. Sans égalité, la liberté n’est qu’un privilège pour quelques-uns ; sans l’ordre, elle conduit au pire des despotismes. — Si tout être humain est libre, il en résulte d’abord qu’il a droit d’intervenir dans le choix de son gouvernement, et ensuite, que son gouvernement choisi, il a le droit de le surveiller, de le contrôler, de le diriger. — Qui donc, dans le parti démocratique, a soutenu ces principes avec plus de constance et de fermeté que celui qui a l’honneur de vous adresser la parole ? » — (Non ! — Silence ! laissez parler ! ) — La liberté, sous toutes ses formes, dans toutes ses applications, dans toutes ses conséquences, n’a pas eu de défenseur plus persévérant, plus infatigable que celui qui a parlé pendant six ans en votre nom. (Voix nombreuses : C’est vrai ! C’est vrai ! — Une voix : C’est à lui que vous devez tout ce que vous avez obtenu ! ) — N’est-ce pas moi qui ai eu l’honneur d’être le rapporteur de la loi sur les coalitions ? Si les ouvriers se sont rappelé, après vingt-cinq ans, que Berryer les avait défendus dans un procès de coalition, comment pourraient-ils maudire celui qui leur a conquis un droit refusé par la première République, la Restauration, le gouvernement de Juillet, la République de 48 ?

J’exposai ensuite, dans un silence de plus en plus profond, tout ce que j’avais fait pour l’émancipation de la presse et l’établissement du droit de réunion : « Qu’était, en 1857, le vote ? continuai-je. Lorsque nous nous réunîmes dans une maison rue des Bourdonnais avec de vaillans amis que je retrouve ici, et qui me continuent l’amitié des premiers jours, nous nous glissions comme des ombres, regardant autour de nous à droite et à gauche ; quand nous étions au nombre de quinze ou vingt, nous considérions presque comme héroïque le citoyen qui nous recevait ; et nous avions le recueillement solennel de ceux sur la tête desquels pèse un danger. Aujourd’hui, le vote s’accomplit en pleine lumière. Je puis vous