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l’explication contradictoire à laquelle j’ai convoqué M. Bancel. Cette explication ne peut avoir lieu dans la salle Molière, trop petite, où un service sténographique n’est pas organisé. »

Ces précautions ne furent pas au goût des Bancellistes dont le piège était déjoué. Je trouvai, dans les journaux du lendemain, la lettre suivante adressée aux électeurs, non à moi : « Concitoyens, M. E. Ollivier m’adresse par la voie des journaux un cartel oratoire. Il me paraît impossible de l’accepter sans dénaturer les règles élémentaires du suffrage universel. Plusieurs réunions électorales ont été convoquées ; je m’y suis rendu ; j’ai manifesté devant vous mes principes politiques ; j’ai répondu à vos interpellations. Que M. E. Ollivier imite mon exemple ; qu’il comparaisse à son tour ; qu’il rende librement compte de son mandat ! Vous êtes ses accusateurs, ses témoins et ses juges. Salut et fraternité. » Je ripostai aussitôt : « Monsieur, Vous vous méprenez sur notre situation réciproque. Vous n’êtes pas pour moi un simple concurrent ; vous êtes le porte-voix d’une insulte. Vous avez placardé un écrit dont vous avez pris la responsabilité en le présentant comme la raison d’être de votre candidature, et dans lequel je suis flétri, comme INDIGNE de la confiance de la démocratie, apparemment pour avoir contribué à la conquête du droit de tenir les réunions dans lesquelles vous parlez ! Je vous ai demandé d’articuler votre insulte en ma présence, non pas à huis clos et dans une salle étroite, mais dans un vaste local et avec l’assistance de sténographes. Vous refusez ! Vous invoquez les principes élémentaires du suffrage universel. C’est un faux-fuyant. Il s’agit d’honneur et non de suffrage universel. Et le principe élémentaire de l’honneur est que, lorsqu’on a porté une accusation déshonorante contre un honnête homme, on ne se dérobe pas pour éviter de la soutenir. »

Bancel ne répondit rien et alla se mettre en sûreté dans la Drôme, puis à Lyon, où il commettait la mauvaise action de s’opposer à la réélection d’Hénon, un des Cinq, brave homme dont la démocratie radicale n’avait guère à se plaindre puisqu’il avait docilement obéi à tous ses mots d’ordre. Cependant, cette reculade et cette fuite contrarièrent fort ses partisans ; on les raillait et ils étaient honteux. Ils revinrent sur le refus de leur candidat et annoncèrent qu’un groupe d’électeurs organiserait une grande réunion publique, en présence de sténographes, et que Bancel se rendrait à l’invitation qui lui serait adressée.